Laurent Badot, meurtrier mais aussi bourreau de sa mère, le jury de la cour d’assise de Namur a tranché

Après 5 heures de délibération, le jury a rendu son verdict. Il a répondu par l’affirmative aux 13 questions sur 14, en ce compris la torture.

Catherine Dethine
 La victime a vécu deux heures de calvaire dans sa maison d’Andenne.
La victime a vécu deux heures de calvaire dans sa maison d’Andenne. ©ÉdA – Florent Marot 

Avant-dernière ligne droite du procès de Laurent Badot. Cet Andennais de 30 ans doit principalement répondre devant la cour d’assise de meurtre et torture sur sa mère Myriam Badot (née en 1961). Des faits commis dans la maison familiale d’Andenne, entre le 7 et le 11 juin 2020. On lui reproche aussi une tentative d’incendie volontaire et des dégâts à des biens mobiliers et ce durant la même période infractionnelle. Il est enfin poursuivi pour une scène de coups antérieure.

À la demande du jury, les délibérations sur le verdict ont débuté, dans la foulée des réquisitoires et plaidoiries, jeudi soir. Seule une circonstance aggravante liée à l’incendie, à savoir avoir mis le feu à un immeuble occupé, n’a pas été retenue, la victime étant déjà morte.

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Plus tôt dans la journée, les conseils des parties civiles (en l’occurrence la fille de la victime, sa sœur et son fils qui n’est autre que le filleul) étaient les premiers à prendre la parole. "En 20 ans de carrière, je n’ai jamais connu une scène de crime aussi horrible." Pour Me Bernès, ce dossier évoqué depuis lundi devant la Cour d’assises de Namur est "tout sauf ordinaire". À ses yeux, les choses sont limpides. Le seul qui veut les rendre compliquées, c’est Laurent Badot. Lui qui n’a pas arrêté de balader tant les enquêteurs que les experts judiciaires au point de se faire passer pour fou: "il voulait s’en sortir par l’irresponsabilité pénale".

Ses aveux de lundi ne seraient, de l’avis du conseil, qu’une "pirouette" pour requalifier le meurtre en coups et blessures volontaires. "E n deux ans et demi de détention, ce n’est jamais sa faute. C’est toujours celle des autres." La chronologie est implacable. Si on se réfère à la seule téléphonie, le calvaire de la victime a duré deux heures. Plaider la colère, ce n’est guère crédible: "il sait ce qu’il fait. Il va même, lorsqu’il quitte les lieux, replacer le pavé qui lui a servi à briser le carreau là où il l’a trouvé." Au préalable, il enroule un rideau autour du chauffage d’appoint "pour qu’elle grille" et place le divan transversalement, entre la cuisine et le living.

Seule face à son fils

Mais il y a eu l’avant: "il la fait tomber, renverse le lit médicalisé sur elle et place un divan. Il lui donne des coups de pied. Elle pèse 52 kg. Elle tente de respirer avec 12 côtes cassées. Lui s’assied sur le divan avec le chien de 30 kg". Seule la tête de sa maman émerge. Il lance des abricots, jette de l’ammoniaque, l’asperge d’insecticide. Et là, c’est l’essuie-tout dans la bouche, les mains. Et puis le coussin. "Il s’assure qu’elle ne pourra pas en réchapper. Myriam est seule. Il peut faire ce qu’il veut."

"Il y a une culpabilité transversale, conclut Me Bernès, celle d’une mère qui a trop aimé celui qui l’a tuée."

Comme le souligne M Gruslin, pour les parties civiles, "Myriam a vu la mort dans les yeux de son fils". Si l’alcoolisme de sa maman était un réel problème pour lui, l’avocat s’interroge: "pourquoi n’êtes-vous pas parti ? Mais il l’a dit lui-même: il voulait assister à son dernier souffle et il l’a fait de tout son poids. Il l’a torturée jusqu’à la mort."

Revenant sur ces deux heures, Me Gruslin estime "qu’on ne ferait même pas ça à une bête. Et pourtant Laurent Badot l’a fait à sa maman. Cent fois, il a eu l’occasion de s’arrêter. Il a voulu aller au bout. Vous auriez pu la laisser tranquille. Elle qui vous a toujours tout laissé passer, elle n’a pas eu la moindre chance."

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