Namur: il joue 236000 € provenant des comptes de sa société au casino, «il a joué à l’Américain»

« Le jeu m’a détruit », confie le prévenu, accusé d’abus de biens sociaux pour 503 000 euros.

JVE
Namur: il joue 236000 € provenant des comptes de sa société au casino, «il a joué à l’Américain»

" Il a joué à l’Américain, ils sont devenus des parias ". C’est le triste constat que posait Me Steinier au sujet de son client et de la compagne de celui-ci, mercredi, devant le tribunal correctionnel de Namur.

Après une faillite, le prévenu a placé sa compagne à la gérance de sa nouvelle société, alors qu’elle n’en exerçait pas la fonction, celle-ci prêtant son nom comme une "femme de paille" alors que l’entreprise de construction était dans les faits gérée par son compagnon. En matière de faux, le prévenu indiquait sur des devis et factures une adresse ne correspondant pas au siège social de la société, il en était de même pour le nom de celle-ci et son numéro de TVA.

En 2018 et 2019, en raison d’une addiction au jeu, le prévenu a aussi ponctionné 503000 euros des comptes de la société. 236000 euros ont notamment été joués directement avec les comptes de la SPRL alors que 180000 euros ont été prélevés de ceux-ci en cash. Lors de sa faillite, celle-ci présentait un compte courant de 184000 euros. " Cela m’a pris il y a 6 ou 7 ans. J’ai gagné, parfois 50000 euros, parfois des voyages. Cela a été une spirale comparable à la drogue ou à l’alcool. Je me suis fait interdire l’entrée des casinos, j’ai entamé un suivi psychologique. Le jeu m’a détruit. " Deux véhicules sont concernés par la prévention de détournement d’actifs.

Le substitut Biémar explique: " La cellule de traitement des informations financières a dénoncé les mouvements suspects et les transferts entre le compte du prévenu et ceux de la société. Le prévenu a menti sur toute la ligne. Il affirmait avoir arrêté de travailler après la faillite mais a recommencé en contournant les règles. Il ne pouvait pas recommencer à travailler en personne physique vu le passif laissé suite à une faillite, ils ont donc réalisé des faux en écriture. " La représentante du ministère public précise que le prévenu a déjà été condamné à 2 reprises en correctionnelle, laissant de grosses sommes derrière lui suite à des faillites, et… à 27 reprises, dont 25 par défaut pour des faits de roulage.

12 mois de prison, 2000 euros d’amende, une interdiction professionnelle de 10 ans et des confiscations à concurrence des montants détournés sont réclamés à l’encontre du prévenu. 6 mois de prison, 500 euros d’amende et la confiscation de 15000 euros sont requis contre sa compagne, considérée comme co-auteure de certaines infractions par le parquet.

MeSteinier confie: " L’argent lui brûle les doigts. C’est un joueur compulsif, maladif, des proches le présentent comme un fou, malade du jeu, mais aujourd’hui, ils sont ruinés. C’est aussi un travailleur, l’argent tourne, mais il le joue ou le gère mal. Dans le cadre du dossier, sa collaboration a été totale. Il a également régularisé des infractions de droit pénal social, par rapport à ses ouvriers. "

Un sursis probatoire est requis pour le prévenu, la suspension simple du prononcé est plaidée pour sa compagne.

Jugement le 7 septembre.