Les activités culturelles et éducatives en prison, un premier pas vers la résilience

Dans les prisons, les activités culturelles et les formations sont rares, voire inexistantes. Pourtant, elles ont de nombreux bienfaits pour les détenus: lutter contre l’isolement, reprendre confiance en soi et préparer sa réinsertion.

Eline Fauconnier
Les activités culturelles et éducatives en prison, un premier pas vers la résilience
Cécile Masson a créé l’exposition «Derrière les murs» avec des détenus de la prison de Dinant. «Cela les a aidés à s’exprimer», explique-t-elle. ©E.F.

Deux expositions, quelques photos, des témoignages et des portraits ornent les murs de l’espace culturel du Quai 22, à Namur. Leur particularité? Ces expositions ont été créées avec des détenus. Dans l’une d’elles, "Derrière les murs", ils témoignent de leur quotidien en prison.

 L’exposition «Derrière les murs», résultat d’un travail de trois mois à la prison de Dinant.
L’exposition «Derrière les murs», résultat d’un travail de trois mois à la prison de Dinant. ©E.F.

Cette exposition a été pensée par Cécile Masson, animatrice à la prison de Dinant, et membre de l’ASBL Sireas. "Le but était de sensibiliser aux conditions de détention, en donnant la parole aux détenus eux-mêmes, explique-t-elle. Mais cela leur a aussi permis de s’évader, d’occuper une partie de leur temps et de se sentir entendus, écoutés en tant qu’humains, pas uniquement comme détenus."

Cécile Masson explique comment s’est déroulé le projet "Derrière les murs".

eline · Belgodyssée interview Cécile Masson

Lutter contre l’isolement

 Dans le cadre de l’exposition, les détenus ont pu proposer des photos représentatives de leur détention. Celle-ci est la vue qu’ils ont sur l’extérieur.
Dans le cadre de l’exposition, les détenus ont pu proposer des photos représentatives de leur détention. Celle-ci est la vue qu’ils ont sur l’extérieur. ©D.R.

Les activités, qu’elles soient culturelles ou éducatives, sont données par des associations d’éducation permanente. Elles sont rares et réservées à un petit nombre de détenus, car ces ASBL manquent de moyens, "et que le travail socioculturel n’est pas valorisé", selon Cécile Masson.

Pourtant, pour l’animatrice, c’est un moyen d’éviter l’isolement. "La prison isole des personnes qui n’ont déjà pas beaucoup de tissu social à la base. Pouvoir écrire, dessiner, parler, s’exprimer, c’est très important pour eux. Ils s’écoutent, et comprennent qu’ils ne sont pas seuls dans leur situation."

Venir à l’atelier, c’est un moment d’évasion (témoignage d’un détenu)

Valoriser le temps passé derrière les barreaux

Les activités sont aussi un moyen de s’occuper, alors que les détenus passent 22 h sur 24 dans leur cellule. "En prison, il ne se passe rien, constate Jean-Marc Mahy, ancien détenu devenu éducateur et militant pour un changement de paradigme du milieu carcéral. Sauf si tu essayes de faire de la prison un temps de préparation à la liberté."

 Jean-Marc Mahy est devenu éducateur de prison, après avoir été prisonnier. Il milite pour une justice réparatrice, plutôt que punitive.
Jean-Marc Mahy est devenu éducateur de prison, après avoir été prisonnier. Il milite pour une justice réparatrice, plutôt que punitive. ©E.F.

En d’autres termes, profiter de ce temps, a priori perdu, pour préparer sa réinsertion. "J’ai fait cinq formations en prison, ajoute-t-il. Horticulture, électricité etc. Et je dis souvent à des jeunes: tout ce que tu fais en prison, ça pourra te servir à la sortie, même si tu as l’impression de t’ennuyer. Personnellement, c’est ce bagage-là qui m’a permis de devenir éducateur."

La prison, c’est du temps perdu (témoignage d’un détenu)

Changer de paradigme

Le problème, tant pour Cécile Masson que pour Jean-Marc Mahy, est que la préparation de la réinsertion n’est pas pensée par la justice.

"La justice a deux missions: punir et protéger la société, détaille Cécile Masson. Elle le fait très bien. Mais il faudrait plus d’outils pédagogiques pour aller vers la réparation, plutôt que vers la punition et le sécuritaire."

C’est pourquoi Jean-Marc Mahy a un souhait: "Investir dans l’humain et faire de la justice punitive une justice réparatrice. Transformer les prisons du crime et du vice, pour en faire des écoles de la liberté, et que plus aucun détenu ne sorte de prison sans savoir lire et écrire."

Les activités culturelles et éducatives en prison, un premier pas vers la résilience
©Emmanuel Crooÿ

Eline Fauconnier – 21 ans – Spa

Je suis étudiante en Master 2 de journalisme à l’UCLouvain. Passionnée de sport depuis l’enfance, j’ai rêvé de journalisme au travers des grands événements sportifs, dès les JO de 2008. Mais aujourd’hui, j’apprécie tout autant le journalisme de proximité: raconter des histoires, mettre en valeur des personnes, témoigner de tout ce qui ce qui constitue la vie en société et ses enjeux.