Le trésor des réfugiés au musée

Des résidents du Centre d’accueil de la Croix-Rouge de Belgrade investissent le TreMa pour exposer le trésor de leurs parcours: celui d’une vie, passée et à venir.

Catherine Dethine
Le trésor des réfugiés au musée
- ©éda Florent Marot
Le trésor des réfugiés au musée
©EdA - Florent Marot

Dans un contexte migratoire pessimiste, le TreMa (musée des arts anciens de Namur) et le Centre d’accueil de la Croix-Rouge de Belgrade ont voulu ajouter aux collections existantes d’autres trésors: ceux de personnes qui ont rayé des pans entiers de leur vie pour tenter de se reconstruire chez nous.

Les itinéraires sont différents mais le message est identique. «Notre histoire, c'est notre trésor. La raconter, c'est expliquer qu'avant d'être réfugié, nous sommes passés par là», confie Danny Assumani, juriste, originaire de Bukavu (RDC).

«Nous sommes venus avec nos cultures, explique Thiate-Amar Sylla du Sénégal. Pour nous, participer, c'est l'occasion d'échanger, de permettre aux personnes de nous faire confiance et de mieux nous connaître.»

«Que les gens viennent nous parler, nous rencontrer, suggère Mohammad Boujdid. C'est une manière de balayer les préjugés.» Et c'est ce que le musée vous propose de faire.

Danny Assumani (RDC) «Nos grands-parents»

Le trésor des réfugiés au musée
©EdA - Florent Marot

Son trésor est inspiré de ses grands-parents auprès desquels il a grandi à Uvira. «On essaye souvent d'associer mon pays à ses ressources naturelles comme les minerais. Nous, c'était les travaux des champs. » Pour représenter son histoire, une statuette qui mêle à la fois le travail de la terre et la récolte par le bois ainsi que l'eau du lac Tanganyika, par les coquillages. Une part d'enfance.

Daho Landri (Côte d’Ivoir) «La fête des masques»

Son masque a trouvé place près d'une représentation de saint Nicolas entre deux pirogues. «J'ai traversé la Méditerranée sur une barque à moteur. Le moteur s'est arrêté et tout le monde s'est mis à prier son dieu.» Et entre Dieu et les hommes, il y a les masques. Ceux qui garantissent la pluie, les récoltes et qui saluent la venue d'un enfant. «Vous avez les fêtes de décembre. Notre fête démarre dès janvier. »

Kabis Latifi (Afghanistan) «Les Bouddhas de Bämiyän»

Dans la salle des peintures, le trésor de Kabir est celui d'une grande déchirure. Celle de la destruction des Bouddhas de Bâmiyân par les talibans. C'était en 2001. Classé tout entier comme patrimoine mondial de l'Unesco, le site fait désormais place à des niches vides.

Le trésor des réfugiés au musée
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Une folie destructrice que seules les images peuvent éradiquer.

Mohammad Boujdid (Maroc) «L’homme libre»

Une pièce de tissus précieux avec, en exergue, un chameau. Son histoire, c'est celle de son peuple: les Berbères. «Un peuple nomade. Bèrbère se dit Imazighen, ce qui signifie l'homme libre, l'homme noble. » Aux côtés de cette pièce, des photographies: celle d'une petite fille avec une ardoise et des mots écrits en berbère. «La langue a été officialisée en 2011. J'ai quitté mon pays un an plus tôt. Je ne sais pas la lire, ni l'écrire.»

Thiate Amar Sylla (Sénégal) «Le Teranga et Saint-Nicolas»

Sur un papier: une main gauche «celle du cœur» et une phrase de Victor Hugo «Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent.»

Le trésor des réfugiés au musée
©EdA - Florent Marot

Et, un peu plus loin, sous la statue de saint Nicolas: un sac à dos rempli de puzzles. «Ce sont des cadeaux pour les enfants.» Des enfants qui au pays de la Teranga (l'hospitalité chaleureuse, authentique), sont considérés comme des anges. «Le sac sera toujours rempli de jouets. C'est aussi l'histoire d'une interculturalité entre l'histoire de saint Nicolas et mon passé: j'ai toujours été très gâté lorsque j'étais petit.»

Ces trésors sont présents parmi d’autres trésors, ceux du musée. Mais ils ont une valeur supplémentaire: celle de pouvoir être racontés par ceux qui les ont apportés. Les résidents sont prêts à consacrer leur temps pour échanger ce qui fait partie de leur histoire.

« Quand je rencontre des gens, je suis heureux de leur expliquer que je participe à ce projet au musée, commente Mohammad. Pour nous, c'est une reconnaissance, une manière d'être valorisé.»

Et en quittant l’expo, c’est un peu de leur trésor que vous pouvez emporter. Un bon début pour jeter un autre regard sur le phénomène migratoire. L’invitation au voyage est en tout cas lancée.