Un stage de cuisine pour malvoyants

Huit malvoyants suivent actuellement des cours de cuisine au Cefor. De quoi épicer et rendre bien des couleurs à leur quotidien. Ambiance en cuisine.

Samuel Husquin
Un stage de cuisine pour malvoyants
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Onze heures. C'est le coup de feu dans les cuisines. Guy Amand, le prof, virevolte de table en table. «La pâte, il faut qu'on la sente bien détendue», lance-t-il à l'équipe de Josianne et Kathy. Un peu plus loin, David, le plus Irlandais des habitants de Somme-Leuze, manie le fouet de cuisine avec un peu trop de timidité. «Allez, un peu plus d'énergie!», intervient le professeur. «Il faut que la chimie se fasse...» Cette scène de cours pourrait paraître banale dans les murs du Cefor, cette école namuroise où l'on forme les traiteurs, les chocolatiers et les pâtissiers de demain. Si ce n'est que les huit élèves de cet atelier culinaire sont... malvoyants.

«C'est avant tout une très bonne occasion de sortir de son isolement», débute Robert Minet. Le président de Cyclocoeur, l'ASBL qui permet aux malvoyants de pratiquer le cyclotourisme en tandem, a joué la dynamo dans ce projet. «Je suis en contact avec beaucoup d'autres malvoyants. Ce n'est pas toujours évident de les convaincre de prendre part à ce genre d'activités. Pour nous, c'est notamment important que cela se passe en journée, pour une plus grande facilité de déplacement.Mais pour le reste, cela dépend du caractère de chacun. Certains sont plus aventuriers et sont arrivés, seuls à la gare, ce matin. D'autres ont besoin d'être plus rassurés, encadrés...» Justement, pour épauler les professeurs, plusieurs étudiants de secondaire ont aidé ces stagiaires hors du commun. « Certains de nos jeunes connaissent aussi des difficultés», débute Annick Brouet, responsable de la formation en alternance. «Ici, ils se rendent compte que d'autres aussi rencontrent des problèmes mais ça ne les empêche pas d'avancer.» Allison et Alex couvent des yeux leurs nouveaux collègues. «Ils ont vraiment comme un sixième sens», s'émerveille Alex, élève en terminale. «Moi, je suis vraiment impressionnée par leur joie de vivre. Ça me donne à moi aussi de l'énergie.» En trois journées de formation, les malvoyants devraient apprendre quelques trucs et astuces pour égayer l'assiette de tous les jours. «Ce sera peut-être un peu court mais on espère réellement que le cours complet pourra s'ouvrir l'an prochain. Si c'est le cas, j'en serai», assure ce chef à la vision défaillante mais à l'habilité sidérante.

«Ces journées sont préparées pour qu'ils en retirent le maximum», commente Guy Amand, prof du Cefor depuis une trentaine d'années. «C'est la première fois que je prépare des cours pour des malvoyants. J'ai veillé à inclure pas mal d'herbes aromatiques, à proposer des plats plus parfumés. Dans la découpe de légumes, on ne va pas se lancer non plus dans des petites juliennes. Mais j'ai face à moi des gens très motivés. Tout comme moi. J'ai un fils qui souffre aussi d'un handicap. Quand je vois tout le dévouement et le bon temps que peuvent lui donner ses éducateurs, j'avais aussi envie de faire quelque chose pour me rendre utile, moi aussi...»

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