L'E411, ses passeurs de drogue, ses «go fast»

Deux Albanais, coincés à Wanlin en possession d'une grande quantité de drogue, ont décrit tout un système. Dont ils sont les lampistes.

Emmanuel Wilputte
L'E411, ses passeurs de drogue, ses «go fast»
cocaïne ©Reporters

Le 26 octobre 2009, deux Albanais résidant en Lorraine française étaient coincés sur l'autoroute E411, à Wanlin, en possession d'une cargaison de stupéfiants. Près de 4 kilos de cocaïne, et 10 kilos de cannabis Les prénommés Gezin et Fatjan l'ont expliqué mercredi devant le tribunal correctionnel de Dinant, ils ne sont que le dernier maillon d'un trafic comme il en existe beaucoup, ils ne sont que les «passeurs», pour compte de gens dont ils ne connaissent même pas l'identité exacte. Eux se sont fait prendre lors d'un contrôle, pas les caïds qui les encadraient en amont et en aval sur l'E411, dixit Gezin à la juge Christine Julien. Son avocate, Me Leclère, a décrit des voitures «go fast», bolides qui ont rapidement disparu lorsque la situation a tourné au vinaigre. Son client, lorsqu'il s'est fait prendre, aurait d'emblée parlé aux forces de l'ordre des autres autos du dispositif, mais il était trop tard. Lui et son comparse, par contre, se trouvaient dans les filets de la justice belge.

Trois mois de préventive, une libération, et voici les deux prévenus devant le tribunal. Leurs conseils le soulignent : ces Albanais de France ont fait le déplacement, l'un de Nancy, l'autre de Metz. Ils assument et l'affirment bien haut, ils ne seraient que les lampistes d'un système bien huilé.

Gezin explique comment, en manque d'argent et faisant partie de la communauté albanaise, il a été contacté à la gare de Nancy par le surnommé «Beko». Dans ce milieu-là, on ne donne pas son véritable nom, surtout pas à de simples passeurs. Le fameux Beko l'aurait emmené à Amsterdam pour reconnaître le parcours. Il lui restait à faire la mule, mais pour cela, il lui fallait une voiture. Il s'est adressé à Fatjan, en possession d'une auto, et lui aussi dans la mouise financière. Et les deux transporteurs de prendre la direction de la Hollande. En se partageant les 8000 ¤ promis pour le transfert de la came d'Amsterdam vers la Lorraine française. 5500¤ pour le premier, 2500 pour le chauffeur.

Au lieu de rendez-vous, quelqu'un a ouvert la portière arrière, a jeté un gros sac de sport sur la banquette. Direction la France, encadrés par deux autres véhicules. Jusqu'au «couac» de Wanlin.

Moins de sévérité qu'en France

La juge Christine Julien l'admet d'emblée, elle doit juger des passeurs. Le substitut Stéphane Herbay, dans son réquisitoire, va dans le même sens. Il abandonne la prévention accusant les deux Albanais d'être les dirigeants d'une organisation criminelle.

Les avocats de la défense, Mes Adam et Leclère, n'ont plus qu'à embrayer pour relativiser le statut de membres d'une association de trafiquants. Ces deux-là seraient les derniers maillons de la chaîne, sans savoir qui tire réellement les ficelles. L'instruction n'a pu désigner les commanditaires, Me Leclère plaide que son client, pas plus que l'autre prévenu, ne doit payer «par défaut» une trop lourde addition pénale.

Remarque de la juge : en France, les deux lascars risquaient du genre 8 à 10 ans de prison, vu la dureté de la législation chez nos voisins. Ici, le parquet ne requiert que 3 ans. Les avocats réclament pour leur part le sursis pour ce qui excède la détention préventive déjà subie.

Jugement le 30 mars.