Pas d'argent régional pour l'incinérateur

La Région Champagne-Ardennes ne subsidiera pas l'étude de l'incinérateur à Givet. Mais le projet n'est pas abandonné.

Aurélien AVIGLIANO L'Union
Pas d'argent régional pour l'incinérateur
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Des deux côtés de la frontière, le projet d'incinérateur à papier - envisagé route de Philippeville à Givet - continue d'en faire bouillir plus d'un. Lundi, jour de la Saint-Valentin, la température est d'ailleurs encore montée de plusieurs degrés. La commission permanente de la Région a choisi à une large majorié d'annuler la subvention de 30000 euros, qui devait être versée aux porteurs du projet.

La raison est simple : «Certaines pièces manquent au dossier», explique-t-on dans les bureaux de l'ADEME (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), qui co-instruit le dossier. La SARL Paperpower n'a pas répondu à toutes les questions qui lui ont été posées par les deux instances. Et notamment à celles concernant l'origine et le contenu des déchets qui doivent être traités sur place.

Pour rappel, si cette usine de valorisation énergétique finit par voir le jour, elle aura vocation à transformer des déchets papetiers en combustibles, avant de les brûler en vue de produire de l'électricité et de la chaleur.

Ce projet, lancé en 2005, a depuis été labellisé «Grenelle de l'environnement», ce qui lui garantit pendant vingt ans un tarif de rachat de son énergie deux fois supérieur au prix habituel. Une aubaine pour les investisseurs, et peut-être aussi pour la région de Givet, une trentaine d'emplois directs devant être créés.

Trop d'incertitudes

Reste que cela ne se fera pas à n'importe quel prix. Le signe envoyé par l'ADEME et la Région est fort. «Ça prouve qu'ils ne sont pas prêts à accepter n'importe quoi», constate le conseiller régional et co-animateur du comité Europe Écologie de Charleville - Ardennes, Christophe Dumont.

En l'état actuel des choses, ce dernier ne réclame d'ailleurs rien d'autre que le retrait du projet givetois. Le refrain commence maintenant à être connu. Les membres du collectif vigilance dénoncent en effet eux aussi le «silence» du porteur de projet et «un manque d'information chronique».

En attendant, la décision prise lundi les satisfait pleinement. «On est content de voir que la Région est cohérente avec elle-même, elle qui soutient également le projet de Parc naturel régional», indique Joël Dujeux, l'un des opposants à cette fameuse usine biomasse.

Un choix délibéré

Patrice Loubet, le chef de projet du cabinet d'étude Bialco tempère. «Je suis étonné d'apprendre que cette subvention, qui est évoquée depuis 2007, vient seulement d'être votée, assure-t-il d'entrée. Nous, de toute façon, on avait choisi de délibérément faire une croix dessus, en ne fournissant pas tous les documents qui nous étaient demandés. Même si ce n'est plus le cas aujourd'hui, plusieurs d'entre eux étaient à l'époque confidentiels, et on ne voulait surtout pas qu'ils tombent d'une manière ou d'une autre entre les mains de nos concurrents.» Cette subvention devait en fait servir à financer une étude de faisabilité. «Or, le temps qu'ils (les financeurs, N.D.L.R) se tournent, et qu'ils se grattent (sic), on avait déjà fini nos propres démarches», précise-t-il. Sans eux. «Et quoi qu'il en soit aujourd'hui, le projet ne sera pas affecté par cette décision.» Le débat continue.