Eghezée: ses mauvais choix lui coûtent son entreprise

Une succession de mauvais choix a obligé cet entrepreneur à faire aveu de faillite. Il est poursuivi pour abus de biens sociaux.

J.No.
 Le patron avait vendu une machine sans avoir prévenu ni remboursé la société de leasing.
Le patron avait vendu une machine sans avoir prévenu ni remboursé la société de leasing. ©alco81 – stock.adobe.com

Après avoir déjà côtoyé les tribunaux pour des faits similaires mais aussi de roulage, Benjamin ne semble pas avoir retenu la leçon. C’est en tout cas ce que lui reproche la présidente du tribunal correctionnel de Namur, Manuela Cadelli. "Il y a une forme de victimisation dans votre discours. Vous dites qu’il n’est plus question que la justice vous freine sinon vous ne rembourserez pas les parties civiles. Quand je vois votre casier, je pense surtout que c’est vous qui vous mettez des bâtons dans les roues. Vous êtes un client des tribunaux. D’autant que vous n’avez pas respecté les conditions probatoires du dernier jugement. Il est temps de modifier votre état d’esprit."

L’homme, qui avait une société dans le bâtiment à Éghezée, est poursuivi pour défaut de comptabilité, aveu tardif de faillite et abus de bien sociaux à hauteur de 33000 € prélevés sur le compte courant de son entreprise. "Comme vous le voyez, je ne les ai pas pris pour partir , lance le prévenu à la présidente. En fait, il manquait des documents dans la comptabilité. Je n’ai pas pris l’argent pour moi mais pour payer des fournisseurs, les hommes, mais je ne possède pas de justificatif."

Une dame avait injecté 80000 € pour lancer la société et former le capital. Elle avait demandé à Benjamin de la rembourser. "Puisque je n’avais pas l’argent personnellement, elle piochait dans les comptes jusqu’à 17000 €. J’éprouvais des difficultés à payer mes fournisseurs, les marchandises. On me reproche aussi d’avoir fait aveu de faillite tardivement. Mais, en 2018, nous signions encore des contrats. Je voulais avancer et je me battais pour sauver l’entreprise. Maintenant, je veux tourner cette page. J’ai d’ailleurs lancé ma société immobilière. Cet épisode est une casserole dans ma vie." Autre élément qui lui est reproché: celui d’avoir vendu une machine en leasing à une entreprise polonaise sans avoir prévenu ni remboursé la société. "Oui, je l’ai vendue car je préférais louer à moindre coût, ajoute Benjamin. J’ai récupéré 40000 €. Je savais que c’était interdit mais j’avais besoin de liquidités pour régler d’autres factures."

Pour des paris sportifs

Sophie Debelle, pour le parquet de Namur, n’est pas tendre avec l’entrepreneur: "Il faut qu’il sorte de ce schéma où c’est normal de dysfonctionner dans la gestion, qu’il se rende compte de ce qu’on peut faire et ne pas faire avec le compte courant d’une entreprise. Il bidouille pour surfer entre les vagues. Mais ce n’est pas comme ça que ça marche." Il y a aussi de nombreux versements vers son compte privé. "Et même vers un site de paris sportifs."

L’avocat de Benjamin indique qu’une transaction de 45000 € a été conclue avec la société de leasing de la machine. Et les 33000 €? Il les remboursera. "Si mon client est devant vous aujourd’hui, c’est pour assumer ses casseroles qui datent de plus de deux ans. Il a pris conscience de ses erreurs et souhaite continuer à travailler pour indemniser les parties civiles." Il requiert également l’acquittement pour l’aveu de faillite tardif. "On peut lui reprocher de ne pas avoir déclaré la faillite plus tôt mais il n’y avait aucune volonté personnelle de la déclarer plus tard."

Le parquet requiert une interdiction professionnelle durant 5 ans (limitée au fait d’être gérant d’une société), une peine de travail d’intérêt général de 180 h ou 8 mois d’emprisonnement et 500 € d’amende. "Cette interdiction professionnelle, c’est un frein pour se relancer et, par conséquent, indemniser les victimes" , ajoute son avocat qui souhaite une suspension probatoire du prononcé de la condamnation: une obligation de rembourser les parties civiles et l’interdiction de commettre de nouvelles infractions.

Si le tribunal suit la volonté de l’avocat le 1er juin, date du jugement, il s’agira sans aucun doute de la dernière chance professionnelle pour Benjamin. "Si j’accepte la probation, je suivrai personnellement le dossier, votre mise à l’épreuve" , conclut la présidente du tribunal.