Le blues du marchand de bêtes
On reproche à ce marchand de ne pas être assez rigoureux dans la traçabilité de ses animaux. Face au tribunal, il sort un vibrant plaidoyer pour son métier devenu compliqué.
Publié le 14-12-2021 à 06h00
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Franc du collier, Jean-Luc ne tremble pas quand il fait face au juge. Ce Condrusien de 57 ans a fait du transport et du commerce de bêtes son métier depuis plus de trente ans. " Mais c'est un secteur qu'on veut vraiment anéantir", dénonce-t-il quand il est invité à se défendre.
On reproche à ce gars de terrain de ne pas être assez rigoureux dans la gestion de la traçabilité de ses animaux. L'homme ne se démonte pas. Il argumente avec force et conviction et se fait l'avocat de toute une profession. "Les lois ne cessent pas de changer. Et quand on se remet à niveau, ils nous remettent une couche."
Dans son viseur, on retrouve sans trop de surprise les inspecteurs de l'Afsca, l'agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire. "Depuis l'affaire Veviba (scandale qui a éclaté en 2018 dans le secteur de la viande), eux aussi ils sont sous pression. Et quand ils descendent pour un contrôle, c'est pire que la Gestapo."
Jean-Luc ne mâche pas ses mots et se fait même excessif. Mais on devine qu'il parle aussi avec ses tripes. "C'est un métier dur, il n'y a pas de vacances, on travaille la nuit, on démarre à deux heures du matin…", rappelle-t-il. Lors de contrôles de l'Afsca, les inspecteurs ont ainsi relevé que plusieurs bêtes transportés et vendues par le quinquagénaire ne répondaient aux normes administratives de la traçabilité. "Dans ce métier, ils travaillent avec du vivant", insiste Me Annabelle Dieryck, l'avocate du marchand. "Une vache doit porter deux boucles auriculaires. Mais elles bougent, elles se frottent. Et elles peuvent parfois perdre une boucle…"
Une amende de 16 000€
Jean-Luc n'aurait pas tenu de manière suffisamment rigoureuse le registre des visites du vétérinaire. "Mais là aussi, c'est absurde", souffle-t-il. "Je pourrais le faire venir tous les mardis, c'est le jour où la plupart du temps mes étables sont vides. Mais là aussi, ça a un coût." Et ce ne serait pas vraiment très utile d'un point de vue sanitaire. Patiemment mais souvent avec pertinence, le prévenu s'occupe à démontrer les absurdités du système. "Oui mais les infractions ont été relevées plusieurs fois de suite", regrette Stéphane Herbay, pour le procureur du roi, sous-entendant que Jean-Luc a fait preuve de trop nombreuses insuffisances. C'est une amende de 16 000€ qui est requise à l'encontre du Condrusien. Mais le ministère public ne s'oppose cependant pas à l'idée d'un sursis.
Me Dieryck, l’avocate de la défense, sollicite aussi cette mesure de faveur. Sera-t-elle entendue par le juge Thomas Henrion? On le saura le 17 janvier, jour du prononcé.