Dans un but de « sensibilisation », le prêtre partage une vidéo montrant le viol d'un mineur

Les faits remontent à 2018 et 2020. Si les faits sont illégaux, son avocat les explique surtout par une culture différente de l’utilisation des réseaux sociaux.

S.M.
Dans un but de « sensibilisation », le prêtre partage une vidéo montrant le viol d'un mineur
©Godong Photo - stock.adobe.com 

Un prêtre du sud de la province de Namur a comparu mercredi matin devant le tribunal correctionnel de Dinant pour la détention et la diffusion de documents pédopornographiques.

Son interpellation a eu lieu en 2020, après avoir envoyé la vidéo d’un mineur se faisant violer à deux personnes qui se trouvaient en Côte d’Ivoire, via le réseau social Facebook. "Le contenu a été immédiatement bloqué. Il s’agissait d’une vidéo particulièrement atroce. ", explique le parquet de Namur. L’homme est, depuis, interdit de tout contact avec des mineurs.

D’origine ivoirienne, il est en aveux des faits mais tient à les contextualiser. "Je faisais la vaisselle lorsque j’ai reçu un message sur mon GSM. Je l’ai ouvert et la vidéo (de 2020) s’est affichée. Elle était tellement violente que j’ai directement coupé.", explique-t-il. Il l’a néanmoins transférée à deux sœurs (et mères de famille) de sa communauté. "En Côte d’Ivoire, on partage ce genre de vidéo pour attirer l’attention. Ce n’est pas illégal. Je ne savais pas que c’était interdit ici.", explique-t-il.

L’analyse de son matériel informatique a tout de même permis de retrouver deux autres vidéos impliquant des mineurs.

La première sur un DVD, stockée parmi 76 vidéos pornographiques. "Il ne savait même pas qu’elle était là", explique son avocat Me Kennes. Ces documents ont été gravés sur ce CD par un membre de sa communauté, il y a bien longtemps, en Côte d’Ivoire.

La seconde vidéo, il l’a envoyée à un autre prêtre, en 2018. Toujours dans le même état d’esprit que pour celle de 2020. "Il n’a pas une culture différente de la pédophilie mais a, par contre, une culture différente de l’usage des réseaux sociaux.", poursuit son avocat. S’il reconnaît que son client est fautif, le pénaliste soulève la question de l’élément moral: a-t-il commis sciemment une infraction ?

Me Kennes est également le conseil du second prêtre, poursuivi pour avoir conservé la vidéo qui lui a été envoyée en 2018. "Lui n’a pas demandé à recevoir cette vidéo. Il l’avait archivée au lieu de la supprimer car lorsqu’on balaye l’écran de son téléphone, c’est l’option qui est proposée. Mais dans son esprit, c’était comme s’il l’avait supprimée", plaide l’avocat qui précise que ses deux clients ont une sexualité normale.

Le ministère public reconnaît que dans ce dossier, on n’a pas affaire à deux personnes excitées par ce genre de contenu. Mais les faits n’en restent pas moins illégaux et méritent une sanction pénale qui pourrait prendre la forme d’une mesure de faveur. Jugement le 1er mars.

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