Coup de couteau mortel à Namur: un fait privé, mais un quartier où « ça n’a surpris personne »

Dans le quartier de la rue de l’Inquiétude, la scène de coup de couteau qui a coûté la vie jeudi soir à Esteban Soltau Diaz un jeune de 18 ans, ravive les craintes et frustrations par rapport à un contexte d’insécurité au quotidien.

S.SI
 La rue de l’Inquiétude, bien ou mal nommée…
La rue de l’Inquiétude, bien ou mal nommée… ©ÉdA – Florent Marot 

Dès jeudi soir en conférence de presse, le bourgmestre de Namur, Maxime Prévot, insistait pour distinguer ce fait isolé, résultant d’un conflit privé, du contexte d’insécurité dans le quartier de la gare. Reste que, sur place, ce drame ravive les inquiétudes et frustrations des habitants et commerçants: "C’est malheureux à dire, mais ça n’a surpris personne", commente un patron d’établissement horeca du coin. On se demandait quand il finirait par y avoir un mort ici. On est plusieurs à avoir relayé ces craintes auprès de la Ville."

Mendicité, trafic de drogue, insultes, menaces, faits de violence… De nombreuses personnes racontent un quotidien délétère du côté de la galerie Wérenne et de la rue de l’Inquiétude: "Le soir, les gens fuient les terrasses des cafés, mais c’est même en journée qu’on n’ose pas se promener seul." Plusieurs commerçants racontent avoir été agressés: "Une fois avec une arme de poing, une fois au couteau", dit l’un. "On voit régulièrement des couteaux brandis, des machettes, dit une autre. Quand il y a un règlement de comptes entre bandes rivales, il en sort des poubelles, des bacs à fleurs." La criminalité s’exprime, sentent les commerçants, de manière totalement "décomplexée": "On consomme de l’’alcool et de la drogue dure en pleine rue, en pleine journée, même du deal, en toute décontraction."

Le lien entre le drame qui a coûté la vie à Esteban Soltau Diaz et cette situation du quartier se trouve dans cette ambiance générale, estiment les personnes que nous avons rencontrées: "Le problème est qu’on est arrivés à un stade où les gens considèrent comme" normal "d’avoir sur eux de quoi se défendre, osent par exemple se promener en ville avec un couteau en poche… Forcément un jour ou l’autre ça dégénère."

Ce sentiment est partagé par les jeunes, dont ces élèves de l’Ilon-Saint-Jacques, condisciples et copains de la victime: "On doit passer par ici pour aller de la gare à l’école, mais on n’y est pas à l’aise. On se déplace en groupe, jamais seul et même comme ça on est régulièrement interpellés avec agressivité, insultés, menacés

Maxime Prévot, conscient de la problématique, évoque des actions policières ciblées comme celle de ce jeudi: "Mais ça, ça ne pose pas assez de problèmes aux délinquants, estiment les commerçants. C’est trop occasionnel. Il y a quelque temps, au sortir de la crise Covid, des patrouilles passaient plusieurs fois par jour dans le quartier et faisaient des contrôles d’identité et de consommation d’alcool et de drogue. Ça fonctionnait mieux. On avait constaté une amélioration, puis ça s’est raréfié…"