Namur, première commune à sanctionner les commerces qui gaspillent l’énergie

Portes fermées en toutes saisons et lampes éteintes pendant la nuit sont deux obligations qui figurent dans un nouveau règlement communal poussant à la sobriété énergétique. Une première qui visera les commerces, les entreprises et les institutions dès le 1er  décembre 2022.

Bertrand LANI
 À Namur, pour faire son shopping, hiver comme été, il faudra pousser la porte.
À Namur, pour faire son shopping, hiver comme été, il faudra pousser la porte. ©ÉdA – Florent Marot

Des commerces qui ouvrent grand les portes alors qu’il gèle à pierre fendre. Les mêmes qui, en été, poussent au maximum la climatisation. D’autres encore qui ont constamment les lampes allumées, même de nuit. Voilà le genre de comportements qui passent de plus en plus mal dans un contexte écologique et économique à flux tendus. L’association des commerçants (ACN) a pris le pas de conscientiser les enseignes du centre-ville aux enjeux énergétiques. Depuis peu, des affichettes apposées sur la devanture de certains établissements indiquent les efforts fournis par les exploitants pour limiter leur consommation. "Les mentalités de nos clients changent: ils sont de plus en plus attentifs à nos comportements. Une porte fermée, pour un commerce, était par exemple considérée comme un obstacle pour nos clients. Cela l’est de moins en moins. Pour l’Association des Commerçants de Namur, il est important d’être pro réactif, et avant de subir des obligations légales, nous souhaitons montrer l’exemple", a fait savoir l’ACN, il y a quelques jours.

L’initiative est d’autant plus pertinente que les obligations légales se précisent. Ce mardi 15 novembre, le conseil communal a adopté un nouveau règlement destiné à mettre à l’amende ceux qui gaspillent l’énergie. Il s’applique aux commerces, aux institutions et aux entreprises actifs sur l’ensemble du territoire namurois.

Sanction administrative en cas de manquement

À partir du 1er  décembre 2022, il sera donc interdit "de participer volontairement à la déperdition thermique des locaux, en conservant les accès et portes d’entrée ouverts “à tous vents” pour l’accès du public. Ceci induit des consommations énergétiques majeures et inappropriées pour chauffer indûment l’espace public", explique Stéphanie Scailquin (Les Engagés). Les établissements visés par le règlement devront donc rester portes closes. Hiver comme été. "Cette mesure s’appliquera en période estivale également pour éviter le fonctionnement massif d’appareils d’air conditionné rafraîchissant les trottoirs lorsque les établissements conservent leurs portes ouvertes", ajoute l’échevine de l’attractivité urbaine.

L’autre mesure phase du texte vise l’éclairage: commerces, institutions et entreprises devront éteindre leurs locaux de minuit à 6h du matin, sauf s’ils sont occupés durant cette tranche horaire. Une dérogation est accordée aux pharmacies de garde.

Ceux qui contreviendront à ces obligations légales écoperont d’une sanction administrative (dont le montant peut atteindre 350 €). Les contrôles seront effectués par l’agent constatateur communal et la police locale.

Un délai sera accordé jusqu’au 15 février 2023 aux établissements qui sont dans l’impossibilité de se plier au règlement dans les délais impartis. Toute demande devra cependant être justifiée.

DéFI seul contre tous

Dans l’opposition, les élus soufflent le chaud et le froid. Fabian Martin (PS) souscrit à l’initiative sans tomber dans le dithyrambe. Il met ainsi la Ville en garde: "C’est bien d’imposer ça aux autres mais il faudra qu’on se l’impose à nous aussi", lâche-t-il.

Même remarque chez DéFI. "La Ville devra être irréprochable dans son comportement", renchérit Loïc Demarteau. Dans le camp amarante, l’accueil réservé aux nouvelles mesures est glacial. C’est clairement l’option coercitive choisie par la Ville qui dérange. "On se pose la question des libertés individuelles. Chacun, en étant dans la gestion prudente et diligente, met en place des éléments qui permettront de faire des économies. On s’étonne d’un règlement avec une interdiction", précise Loïc Demarteau. Le jeune conseiller de la minorité s’inquiète aussi du sort des agents sanctionnateurs qui verront leur charge de travail augmenter. "On ajoute une ligne alors qu’il y a d’autres choses à constater et sanctionner. Ils ne savent déjà pas couvrir tout le territoire", dit-il.

Au moment du vote, seul DéFI ferme donc la porte.