Le combat juridique perdu de Luperto, le malaise politique du parti socialiste

Condamné sans plus aucun recours juridique pour outrages aux mœurs, le député-bourgmestre de Sambreville, Jean-Charles Luperto (PS), a fait le choix du mutisme pendant des mois sur le sujet. Une posture délicate à défendre politiquement. Pour son parti également. Analyse.

Samuel SINTE
 Jean-Charles Luperto
Jean-Charles Luperto ©EdA - Florent Marot

Depuis le début de son affaire en 2014, le combat de Jean-Charles Luperto est double: prouver son innocence en justice et préserver sa carrière politique. Sur le plan du droit, le premier combat est perdu définitivement. Avec quel impact sur le second ? Éléments de réponse et de réflexion…

Un gros risque de communication, y compris en interne

En gardant l’information sous le tapis médiatique le plus longtemps possible, ce qui est son droit de justiciable, l’homme politique a, selon nous, pris un gros risque de communication et de stratégie. Battu pour battu, et dans son souci compréhensible d’ensuite tourner la page, n’était-il pas plus simple et plus sain de préparer lui-même une sortie plutôt que de subir le timing et d’attendre que l’info sorte, donnant l’image d’un élève qui cache un mauvais bulletin dans l’espoir vain qu’on ne le lui demande jamais ?

D’autant que vis-à-vis de son parti ça le met en difficulté. On sait déjà qu’au niveau du PS namurois il ne s’en est pas vanté. L’info est-elle remontée au président Paul Magnette, ne serait-ce que dans la coulisse, en temps utile (et pas ce mercredi via les médias)? On l'ignore. Mais dans la négative, ça pourrait fort mal passer. Au boulevard de l’Empereur, ce n’est pas le genre d’information qu’on aime découvrir par la presse ni le genre de communication qu’on aime subir.

Dans l’hypothèse où le condamné a averti les instances fédérales en temps utile, il faut en déduire de facto que le choix a été posé de maintenir la confiance du parti en Jean-Charles Luperto, de ne pas l’exclure ni de lui demander de sortir des rangs. Si ce choix est clair, motivé et assumé, à nouveau pourquoi ne pas en communiquer de manière volontariste plutôt que de s’associer à ce qui a tous les airs d’un improbable et provisoire camouflage ? C’est un drôle de choix tactique.

C’est sans doute parce que les arguments ne sont pas évidents à emboîter. La ligne de com’ a longtemps reposé sur la présomption d’innocence. Quand la condamnation en appel a été définitive, on a encore malgré tout tiré sur cette corde. Paul Magnette justifiant qu’on attendait que la défense de Luperto ait pu exploiter tous les moyens de recours.

Le soutenir encore: une jurisprudence délicate à manier

Et maintenant ? Pour continuer de le soutenir, le parti a un double angle de défense, le cas échéant. Un: Jean-Charles Luperto est un excellent bourgmestre, qui fait un travail d’une qualité incontestée y compris par la minorité sambrevilloise. Deux: les faits qui lui sont reprochés sont de nature privée et ne concernent en rien son travail de politicien. Mais l’argument se pose comme une potentielle jurisprudence très difficile à gérer. L’utiliser c’est se mettre en position fort délicate. Le parti devrait alors, dans d’autres affaires qui pourraient lui sauter au visage, poser le curseur à telle ou telle hauteur de gravité des faits dans le code pénal quant à ce qui est "tolérable" dans le chef d’un mandataire. Une vraie boîte de Pandore…

Dans le cas des outrages aux moeurs on se situe à un niveau de gravité à nuancer. Sa défense, à juste titre, n’a pas manqué de rappeler qu’il est rare que des préventions pareilles à elles seules aient les honneurs du tribunal correctionnel. Et qu’un citoyen lambda aurait raisonnablement pu espérer une suspension du prononcé, probatoire par exemple. Le justiciable Luperto a sans doute payé le fait de n’être pas, justement, un citoyen lambda mais un élu avec un niveau d’exposition dû à sa fonction et un devoir d’exemplarité. Il a dénoncé avoir été traité plus durement. Cela tient aussi probablement à son choix de défense. Niant les faits et attaquant l’enquête, l’instruction, les procédures, il a pris le risque d’un retour de manivelle au moment de la peine.

Vie privée vs vie politique: l’ultime argument qui tombe fort tard

User de l’argument de la vie privée séparée de la vie politique pose un autre problème: la nature privée des faits est connue depuis le début de l’affaire. Et cela a fort peu été évoqué comme évidente barrière à toute velléité de déclassement politique de Luperto. Le PS a toujours dit "on attend une décision définitive". Et pas "de toute façon ça n’a rien à voir avec sa carrière". Sorti en bout de course, alors que ça aurait pu être avancé dès le départ, ça perdrait de sa force de conviction.

Enfin, dernière bizarrerie: alors qu’on a très vite su que l’enquête visait des faits d’ordre privé, des outrages aux mœurs, celui qui était président du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a démissionné dans les jours qui ont suivi les perquisitions en novembre 2014. Avant même d’être inculpé, donc. Officiellement: de sa propre initiative. Officieusement: sous pression. Avec quelle cohérence intellectuelle si, en bout de course, le parti considère que l’affaire ne doit pas avoir de conséquence politique ?

La défense de l’honorabilité ne se jouait pas qu’au tribunal

En espérant prouver son innocence, Jean-Charles Luperto se battait pour défendre son honorabilité. Sur le plan du droit, il a perdu. Sur le plan politique et humain, l’analyse pourrait être différente si on sépare d’un côté les tourments de l’homme des grandes qualités du politicien. Mais dans ce combat-là, son choix tactique de communication ne lui fait pas gagner une bataille.

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