Le courant continu pour enterrer la Boucle du Hainaut

Le collectif Revolht a présenté son alternative au méga projet d’Elia.

U.P.
Le courant continu pour enterrer la Boucle du Hainaut

Choisir entre l’innovation et la tradition. C’est le choix que pose le collectif Revolht, au bout d’une année passée à construire une alternative au projet de Boucle du Hainaut porté par le gestionnaire belge du réseau à haute tension Elia. Pour rappel, ce dernier veut construire une ligne à haute tension de 81 kilomètres reliant les postes d’Avelgem et de Courcelles. Avec sa sœur flamande Ventilus, la liaison permettrait de transporter 6 GW à une tension de 380 kV en courant alternatif. Pour Elia, c’est un projet indispensable pour garantir la stabilité du réseau haute tension, la sécurité d’approvisionnement, et permettre de développer l’éolien offshore. Toutes les communes concernées et les riverains se sont opposés au projet et Revolht est né.

Les «Révolhtés» comprennent que le réseau électrique doit évoluer et s’adapter. Mais ils ne comprennent pas pourquoi Elia ne considère qu’un seul point d’arrivée («Stevin», près de Zeebruges), pour toute la production offshore, qui est alors convertie de courant continu (DC) à courant alternatif (AC).

AC ou DC?

L’idée de Revolht est donc, plutôt que faire converger toute la production maritime à un endroit, point d’entrée du réseau terrestre, de considérer différents points de départ (ex: éoliennes de la mer du Nord, connexions projetées avec l’Angleterre et le Danemark), qui seraient reliés à différents points d’arrivées via des câbles à haute tension, en DC. Et c’est sur ses points d’arrivée que l’électricité serait convertie en AC. L’avantage? En DC, on peut tout faire passer en souterrain sur des centaines de kilomètres. Ce qui n’est pas le cas en AC.

«Pour cette conversion, un simple bâtiment industriel est nécessaire et pourrait être intégré aux différents zonings, quand elles ne sont pas déjà présentes», note Revolht. Ces points d’arrivée, Revolht les imagine par exemple à Doel ou Tihange, où l’infrastructure existante se verra bientôt libérée de tout ou partie de la production nucléaire.

Pour Revolht, leur alternative a de nombreux avantages: elle est plus rapide, plus simple et plus souple à mettre en œuvre, elle ne présente pas les nuisances de la Boucle du Hainaut (un «simple câble» le long de l’autoroute ou d’un chemin de halage, un champ électromagnétique quasi nul…),

Plus cher?

Revolht a soumis son analyse à l’UMons, qui a rendu ses conclusions. Dans leur rapport, les experts indiquent que si la BdH répond à un besoin, le projet est peut-être surdimensionné. Ils estiment également qu’un renforcement du réseau 150 kV mériterait d’être réalisé. Ils considèrent également que l’alternative de ligne «point à point» haute tension à courant continu est envisageable, mais qu’elle serait plus coûteuse qu’un réseau maillé à courant alternatif.

Dans quelle mesure? C’est l’inconnue: 2,5 fois plus selon les calculs de Revolht, 5 fois plus pour l’UMons, qui ne prend pas en considération des installations existantes pouvant être réemployées. «La vérité se situe sans doute entre les deux», estiment les ingénieurs du collectif. Et de rappeler que, dans leur vision souple de modernisation du réseau électrique haute tension, on peut échelonner et s’adapter suivant les projets qui aboutissent, là où la Boucle du Hainaut figera pour des décennies le réseau dans une technologie qu’ils considèrent has been. Qu’en pensera Elia? Réponse à partir de vendredi prochain, quand Revolht lui soumettra le fruit de ses réflexions.