Ferroviaire: des entreprises réclament une réouverture de la ligne Mons-Valenciennes

La liaison ferroviaire Valenciennes-Mons se réinvite dans le débat. Fermée depuis plus de 20 ans à tout trafic, sa réouverture est réclamée par les acteurs économiques locaux. Pour que le dossier aboutisse, il faudrait qu'Infrabel investisse un peu plus de 2 millions d'euros.

Ugo Petropoulos

C'est un sujet qui revient périodiquement sur la table.Serpent de mer, Arlésienne, marronnier...l'épineux dossier de la liaison ferroviaire Mons-Valenciennes peut revêtir aisément ces qualificatifs. Réclaméeépisodiquement depuis 20 ans, sa réouverture au trafic n'a encore jamais été sérieusement envisagée par les gestionnaires de réseau, que ce soit côté belge ou français. Actuellement, la ligne est littéralement coupée à la frontière, puisque déferrée sur 1600 mètres.

Mais ces derniers mois,les choses bougent. En tout cas outre-Quiévrain. Dernièrement, la réhabilitation de la ligne de Valenciennes à la frontière belge a été retenue dans le contrat de plan Etat-Région, qui lie l'état français et la Région Hauts-de-France (ex-Nord-Pas-de-Calais). Ce sont 15 millions d'euros que les autorités françaises consentiraient à investir dans une réouverture de la ligne ferroviaire. Au programme: électrification et remise de rail sur la portion déferrée côté français, sur moins d'un kilomètre à Crespin et Quiévrechain.

Mais pour que ces travaux se fassent, il faut qu'Infrabel embraiecôté belge. Et là, ça coince: "concernant la liaison Mons-Valenciennes, il faut préciser que le plan pluriannuel d'investissements d'Infrabel n'est pas encore définitif. Il est donc prématuré de répondre sur ce point", a indiqué le cabinet du ministre Bellot à la RTBF.

D'ou une offensive médiatique et un lobbying plus appuyé ces derniers jours de la part des acteurs locaux. Dernièrement, l'IDEA, l'intercommunale de développement économique du Hainaut-Centre, relançait le débat, en faisant de la réouverture de cette liaison un cheval de bataille et une revendication auprès du ministre des transports et d'Infrabel.

Pérenniserles emplois frontaliers

Pour la directrice générale d'IDEA Caroline Decamps, cette liaison ferroviaire, fermée depuis plus de vingt ans au trafic, est un élément-clé pour le développement économique, voire pour le maintien de certaines activités dans la région. Dont certaines comptent beaucoup sur le ferroviaire, comme le chimiste Yara, fabricant d'engrais à Tertre. Il vient d'investir des millions dans des wagons-citernes qu'il aimerait voir traverser la frontière à Quiévrain.

Une réouverture de la liaison intéresserait aussi des acteurs plus éloignés comme le port d'Anvers, soutient Caroline Decamps: les usines du bassin valenciennois y trouveraient un accès direct.

Car actuellement, les entreprisessituées sur l'axe Mons-Valenciennes sont contraintes à un gros détour si elles veulent utiliser le rail, via Lille ou la ligne Erquelinnes-Charleroi, ce qui peut leur faire perdre jusqu'à une journée.Où bien elles sont passées au transport routier. Ce qui occasionne une perte de temps et d'argent pour les entreprises du secteur de l'industrie lourde près de la frontière.

Cela occasionneun trafic de poids lourds supplémentairequi pourrait aisément être évité: "Pour la région du Valenciennois, nous pourrions faire passerdeux trains par jour par cette ligne", explique Luc Genot, directeur de Planisfer, opérateur ferroviaire de proximité, à nos confrères de la RTBF. Ce qui équivaut à 100 camions en moins par jour entre Valenciennes et Mons.

2,3 millions face à un milliard

A priori, le dossier n'a pas l'air insurmontable:il ne manque que 1600 mètres de voies ferrées pour permettre une réouverture de la ligne 97. Côté français, avec les 15 millions d'euros sur la table, la réouverture de ce tronçon n'a jamais été si sérieusement envisagée. On n'attendrait plus qu'une chose, selon les industriels français: que l'état fédéral belge s'engage à rétablir le chaînon manquant côté belge.

Cette absence d'engagement agace dans région transfrontalière, d'autant que les investissements à consentir côté belge ne sont pas si élevés, par rapport à ce que les Français doivent mettre sur la table: il n'en coûterait que2,3 millions d'euros à Infrabel. Une "cacahuète" a estimé Marc Barvais, président de l'IDEA, en comparaison au milliard d'euros supposénécessaire pour terminerle RER.

Une ligne fermée depuis 25 ans

C'est en 1984 que le tronçon entre Quiévrain et la frontière française de la ligne 97 Mons-Valenciennes est juridiquement fermé au trafic de voyageurs. 8 ans plus tard, le 15 avril 1992, c'est la fin du trafic de marchandises. La ligne s'arrête désormais à Quiévrain côté belge et est déferrée au-delà. Idem en France où les rails ont disparu à Blanc-Misseron (Quiévrechain).

Depuis les années 2000, des études ont été réalisées côté français pour électrifier la voie de Valenciennes à la frontière. Un budget avait été dégagé avant d'être réorienté vers la création de la ligne D du tramway valenciennois en 2007, partant de Crespin. Le dossier est ensuite revenu sur la table, et le nouveau Contrat de Plan Etat-Région, entre l'Etat français et la Région Hauts-de-Franceprévoit de se reconnecter à nouveau à Quiévrain. A condition qu'Infrabel participeégalement de son côté.