Déjà poursuivi pour tentative de meurtre, un cordonnier de Quaregnon accusé de blanchiment d’argent : "Je veux simplement assurer ma pension"

Lors d’une perquisition, les policiers retrouvent à l’arrière de la boutique des sommes colossales. Pour le propriétaire, de 67 ans, il n’y a rien d’illicite. Il confie avoir fait des économies tout au long de sa vie.

Margaux Piron
Photo d'illustration
Le propriétaire du commerce, Guillaume (prénom d’emprunt) et âgé de 67 ans, comparaissait à la barre du tribunal de Mons pour blanchiment d’argent. ©Adobe Stock

Dans le cadre d’une autre enquête, les inspecteurs de police ont organisé une perquisition au sein d’une cordonnerie située à Quaregnon. Sur place, ils vont retrouver diverses sommes d’argent importantes, dont 84 600 euros, cachées dans l’arrière-boutique. Lors de ses auditions, l’indépendant a expliqué qu’il s’agissait d’économies. Ses parents l’aideraient financièrement ainsi que son ex-compagne.

Le propriétaire du commerce, Nino, âgé de 67 ans, comparaissait à la barre du tribunal de Mons pour blanchiment d’argent. "Je travaille depuis l’âge de 16 ans et j’ai toujours mis de côté", a confié le prévenu. "Je ne bois pas, ne fume pas et je me prive même de vacances", poursuit-il.

"Je n’apprécie pas les banques"

La juge qui présidait l’audience a interrogé Nino sur la raison de ces économies. "Je veux simplement assurer ma pension", a-t-il répliqué. "N’avez-vous pas peur des vols surtout par les temps qui courent ?", a questionné de nouveau la juge. "Je n’apprécie pas les banques et il faut dire que l’argent restait bien caché".

Plusieurs analyses du patrimoine vont être effectuées pour arriver à une conclusion claire : avec son revenu et les différentes aides obtenues, il n’est simplement pas possible que Nino possède de telles économies. On parle d’une somme de 222 000 euros.

Également poursuivi pour détention de produits stupéfiants et d’armes, le prévenu a eu "la chance" que ces dossiers soient prescrits. En ce qui concerne la prévention de blanchiment, il risque une peine de 6 mois de prison avec sursis. Le représentant du ministère public a également sollicité que la somme totale soit confisquée.

Pour l’avocat de la défense Me Discepoli, il n’y a d’abord aucune preuve que son client ait effectuée du travail en noir. "Selon la loi, le blanchiment c’est utiliser de l’argent dont on sait que l’origine est illicite. Ce n’est absolument pas le cas", a-t-il indiqué. Par ailleurs, il a regretté la manière aberrante dont l’enquête a été menée ainsi que les analyses superflues. Il a donc sollicité l’acquittement de son client. "C’est un monsieur d’un grand courage, qui a toujours travaillé". Le jugement sera prononcé le 15 décembre.

Déjà connu de la justice

On rappellera cependant que Nino n'est pas un inconnu de la justice. Le 28 juin 2020, vers 20 heures, une dispute éclatait entre un automobiliste et un piéton qui voulait traverser la rue du Village. Ce dernier s'était réfugié chez le cordonnier, lequel était sorti de sa boutique en tenant une arme. Un coup de feu était parti et un jeune homme avait été blessé au niveau de la jambe.

Une peine de 30 mois de prison, assortie d'un sursis probatoire de trois ans, avait été prononcée par la sixième chambre correctionnelle du tribunal du Hainaut, division de Mons, contre Nino, qui était poursuivi pour une tentative de meurtre, menaces avec ordre ou sous conditions d'un attentat contre une personne, port d'arme sans autorisation et détention de munitions.

Son avocat, déjà Me Frank Discepoli à l'époque, avait plaidé une requalification de la tentative de meurtre en coups et blessures involontaires. Pour le pénaliste, il s'agissait d'un coup de feu accidentel, ayant provoqué des blessures au sens de l'article 399 du code pénal. Le tribunal avait retenu cette requalification mais avait estimé que les coups étaient volontaires.

Le jeune homme blessé à la jambe avait quant à lui bénéficié de la suspension simple de la condamnation pour une durée de deux ans pour les coups préalables au coup de feu. Le tribunal avait retenu l'excuse de provocation.

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