L’ONE ferme temporairement le milieu d’accueil La Clairière Enchantée, à Havré, suite aux nombreuses plaintes de parents

La structure avait déjà fait parler d’elle à plusieurs reprises.

Emeline Berlier
La Clairière Enchantée à Havré.
La Clairière Enchantée à Havré. ©D.R.

L’histoire avait fait couler beaucoup d’encre et délier certaines langues. En juillet 2021, un petit garçon de quatre ans, visiblement laissé de longues minutes sans surveillance, avait chuté d’un arbre et s’était fracturé le bras alors qu'il effectuait un stage au sein de la Clairière Enchantée, un milieu d’accueil situé à Havré. Décidés à faire fermer l’établissement, les parents du garçonnet avaient rassemblé divers témoignages accablants, sans succès.

Plus d’un an après les faits, les plaintes se sont multipliées. À tel point que l’on apprend aujourd’hui la fermeture des lieux. “Plusieurs plaintes, de plusieurs parents, ont été signalées notamment cet été”, précise Sylvie Anzalone, porte-parole de l’Office Nationale de l’Enfance (ONE). “Elles avaient par exemple trait à la sécurité physique des enfants en intérieur et en extérieur, à la qualité de l’accueil, aux effectifs insuffisants, à la qualification du personnel et à la rotation de celui-ci, à une communication non appropriée vers les enfants ou les parents."

En septembre, une mise en conformité de la Clairière Enchantée était exigée par l’ONE. “Dans ces cas-là, on demande que pour telle date, tel point soit mis en ordre. Pour la qualité de l’accueil, il est difficile de prouver des manquements. On a donc demandé à la direction comment elle comptait agir. Notre questionnement est resté sans réponse.” Une convocation a dès lors été envoyée en octobre afin qu’une réunion puisse se tenir avec le comité de l’ONE.

Une nouvelle réunion le 18 novembre

“Elle devait permettre de discuter de différents points, des diverses problématiques signalées. Nous n’avons, là encore, pas obtenu de réponse. Le jour même de l’audition, l’avocate de la direction a sollicité un report d’audience. Ce qui aurait pu être possible si elle avait été réclamée plus tôt. Face à ce manque de communication et de réaction, le comité – qui se réunit tous les mois pour aborder des dossiers – s’est réuni quelques jours plus tard pour évoquer spécifiquement ce dossier. ”

Aucune des inquiétudes soulevées à ce stade n’ayant pu être levée, le comité a sollicité le passage d’un agent sur les lieux. “La coordinatrice-accueil est passée à l’improviste un jour d’octobre. Elle a constaté que l’équipe avait tenu compte de certains points mais pas de tous. Un rapport objectif a été établi et sur cette base, le comité a décidé de fermer l’établissement à partir du 27 octobre et jusqu’au 18 novembre. Il s’agit pour l’instant d’un retrait d’autorisation d’accueil provisoire."

Les enfants ne peuvent donc plus y être accueillis. “Une nouvelle audition est prévue le 18 novembre prochain. L’autorisation d’accueil est en jeu. La direction peut prendre connaissance de la totalité du dossier, il lui est tout à fait accessible. Nous espérons qu’une collaboration sera possible, ce qui n’est pas le cas jusqu’ici.” La liste des parents concernés par la mesure n’a en effet toujours pas été transmise à l’ONE, comme le prévoit normalement la loi.

La procédure reste donc ouverte et deux scénarios restent possibles. Une remise en conformité complète, permettant à la direction de récupérer son autorisation d’accueil, ou un manque de volonté et de ce fait, un retrait définitif du précieux document. Dans tous les cas, à ce jour, plusieurs parents cherchent activement un nouveau lieu d’accueil pour leurs enfants… Avec les difficultés que cela représente, compte tenu du manque de places disponibles. De son côté, la direction n'a pas donné suite à nos appels. Obtenir sa réaction n'a dès lors pas été possible.


Accompagner les parents pour retrouver une place d’accueil

Il faut de la patience et énormément de ténacité pour trouver une place en milieu d’accueil. Pour bon nombre de parents, cette démarche s’effectue d’ailleurs dès les premiers mois de grossesse. Selon les derniers chiffres de l’ONE, en 2019, le taux de couverture de la petite enfance était de 33,4 % contre 21,8 % en 2010, soit un ratio de 33 places pour 100 bébés nés dans la région de Mons-Borinage. Les chiffres sont donc en augmentation… Mais restent insuffisants pour faire face à la demande.

“Lorsque l’on dispose de la liste des parents concernés par la fermeture d’un milieu d’accueil, on les aide concrètement dans leurs démarches afin qu’ils puissent retrouver une place”, précise Sylvie Anzalone, porte-parole de l’ONE. “Il ne s’agit pas de leur donner une liste, on cherche vraiment à leur côté.” La procédure allant en ce sens vient d’ailleurs d’évoluer. “Il y a deux mois, c’est l’administration de la province, ici le Hainaut, qui endossait ce rôle."

Aujourd’hui, c’est une cellule spécifiquement créée qui assure cette mission. “Elle ne fait que ça, elle accompagne les parents et leur offre un suivi plus personnalisé, adapté à leur situation. On n’a pas de solution miracle : il manque des places, c’est un fait. Mais des solutions existent.” Lorsqu’une décision de fermeture intervient sur base d’une décision de l’ONE, les efforts pour épauler les parents sont d’autant plus importants.

Et de manière tout à fait exceptionnelle, des dérogations de capacité peuvent être octroyées à certains milieux d’accueil désireux d’accueillir davantage d’enfants. “Ce n’est pas la norme et il doit s’agir d’une augmentation temporaire. Les critères sont nombreux : il faut que le milieu d’accueil dispose d’une superficie suffisante, que les effectifs soient en nombre suffisant et en accord avec cette mesure et, bien sûr, que la qualité d’accueil soit assurée."

À ce stade, l’ONE insiste encore : la Clairière Enchantée n’est, pour l’instant, fermée que temporairement. “Si l’autorisation d’accueil est récupérée, le suivi du milieu sera très strict pendant plusieurs mois. Tout ne se résoudra pas en un claquement de doigts. ” Reste par ailleurs à voir si les parents et enfants concernés retrouveront la confiance indispensable à un retour au sein de la structure…