La visite d’un huissier à la prison de Mons confirme les craintes du pénaliste Vinclaire: «Cette prison est un scandale!»

Cuisine délabrée, installations vétustes, salle réfrigérée à 18,6°C, attaques de punaises et visites des rats dans les cellules, le rapport de l’huissier est éloquent !

Emeline Berlier
La visite d’un huissier à la prison de Mons confirme les craintes du pénaliste Vinclaire: «Cette prison est un scandale!»
©DR

LA DH l’annonçait en exclusivité. À la requête de Me Fabrice Vinclaire, un huissier a été mandaté afin de constater les conditions de détention des détenus de la prison de Mons. Le président du tribunal de première instance de Mons ayant rendu une ordonnance autorisant la visite de l’huissier, ce dernier a été autorité à pénétrer dans l’établissement ce mardi. Un rapport détaillé a été rédigé à l’issue de la "visite."

La visite débute visiblement par les cuisines. "Les hottes en forme de tube ne sont pas reliées hermétiquement aux fours et autres appareils de cuisine, de sorte que je peux observer la fumée sortir du four de droite et se diriger vers le conduit de la hotte qui le surplombe", écrit l’huissier alors qu’il se trouve dans les cuisines de la prison. "Une des hottes en forme de tube est pliée et à moitié refermée sur elle-même."

"Les membres du personnel m’indiquent que les cuves de cuisson sont toutes hors-service et que l’une des deux friteuses présente une fuite d’huile. Il m’est également indiqué que seul un des deux fours fonctionne encore (…) Le personnel m’indique qu’ils n’ont pas de vestiaire pour ranger leurs affaires lorsqu’ils travaillent dans les cuisines. On m’explique également que le menu doit fréquemment être modifié par manque de moyens matériels."

L’huissier constate encore que le thermomètre d’une salle réfrigérée servant de salle de découpe affiche 18,6°C. "De manière générale, les cuisines semblent assez sales, des traces de saleté sont présentes sur les surfaces et sur les hottes, ainsi que des toiles d’araignées par endroits. Des lampes UV destinées à attirer et à tuer les insectes volants sont placées à plusieurs endroits de la cuisine (…) Une des fenêtres de plafond est recouverte de gravats. Le personnel m’indique qu’il s’agit de débris du bâtiment lui-même qui tombe en morceaux."

La suite de la visite n’est pas plus brillante. Les chambres des deux clients de Me Vinclaire et les préaux sont détaillés. "La visite des lieux terminée, on m’indique que de manière générale, les détenus se plaignent principalement de punaises de lit, lesquelles seraient abondantes, du manque d’intimité et de la promiscuité dans les cellules."Des cellules exiguës, dont certaines accueillent deux détenues alors qu’elles ne sont prévues que pour une seule personne.

Ce rapport désormais entre les mains, Me Vinclaire entend réclamer la remise en liberté de son client devant la chambre des mises en accusation, estimant que ce dernier subit des conditions de détention dégradantes. "J’ai pu lire que des magistrats allaient vivre "en immersion"48 heures en la future nouvelle prison de Haren "pour expérimenter les conditions de détention."Nous ne pouvons qu’applaudir cette démarche même s’ils séjournent dans une prison flambant neuve et non dans un bâtiment vieux de 152 ans, tel que le dépotoir montois servant de prison", souligne l’avocat pénaliste.

"Pourraient-ils survivre à ne serait-ce que 12 heures de telle immersion, à deux, dans ces cages montoises, aux démangeaisons conséquentes, aux attaques de punaises et aux visites des rats, à l’odeur pestilentielle de leur "chambrée"ou encore à la "tambouille"préparée dans des cuisines qui ne résisteraient pas à une minute de contrôle de l’AFSCA? J’ose utiliser le terme "scandale."La Belgique, pays qui abrite le siège de la Commission européenne, ne peut piétiner les valeurs de cette Europe et sa convention de sauvegarde des droits de l’Homme. Mes clients furent privés de liberté, non de leur humanité."

L’avocat bruxellois n’entend donc pas en rester là. "La libération pure et simple de mon client, je n’y crois pas. Pas plus qu’à une libération conditionnelle. Je réclamerai donc une détention sous bracelet électronique", annonce-t-il. Rappelons que les conditions de détention à la prison de Mons sont régulièrement dénoncées par les détenus et leurs proches ainsi que par le personnel, qui exerce dans des conditions tout aussi inconfortables.

Ces conditions sont désormais appuyées dans un rapport officiel. Reste à voir s’il suffira à accélérer les choses alors que la construction d’une nouvelle prison est toujours prévue.