Une toque universitaire pour célébrer le CEB: "incontestablement absurde", fustige un chercheur de l'UMons

Bruno Humbeeck, psychopédagogue, fustige la confusion qu'entraîne cette nouvelle mode qui déferle dans les écoles primaires.

U.P.
Une toque universitaire pour célébrer le CEB: "incontestablement absurde", fustige un chercheur de l'UMons

Lors de la remise des Certificats d'Etudes de Base (CEB), qui sanctionne un acquis suffisant en français, mathématique et éveil pour pouvoir intégrer l'enseignement secondaire, un curieux rituel s'est développé. Au sein de plusieurs écoles désormais, les élèves ayant réussi le certificat se voient coiffés d'une petite toque, voire habillés d'une toge académique. Comme les étudiants lorsqu'ils sont proclamés et reçoivent leur diplôme universitaire.

Un petit clin d’œil amusant et innocent égayant un moment de réjouissances, ou une nouvelle mode absurde? Le psychopédagogue Bruno Humbeeck a lancé le débat sur enseignons.be : "cela peut être amusant mais c'est incontestablement absurde", tranche le psychopédagogue enseignant à l'université de Mons, et spécialiste des questions de harcèlement en milieu scolaire.

Selon lui, cette mode "contribue encore à ajouter de la confusion au sens que l'on donne à cette évaluation quand on en fait un instrument de filtrage anticipé ou de distinction précoce." Selon lui, on associe des symboles de prestige et d'émancipation à des enfants "transformés en élèves par la magie de l'école qui resteront des élèves au-delà de la réussite (ou de l'échec) du CEB et n'accéderont même pas par leur entrée en école secondaire au statut d'étudiant."

Ne pas confondre étudiant et élève

Pour Bruno Humbeeck, confondre le statut d'élève avec celui d'étudiant, "ce n'est pas qu'une question de cosmétique sémantique, c'est littéralement une manière de mettre en place les conditions d'un épouvantable flou pédagogique qui emmêle les techniques didactiques utilisées lors de l'enseignement secondaire avec celles dont on fait davantage l'économie en enseignement supérieur." Si les jeunes adultes de 18 ans sont poussés à gagner en autonomie, les enfants de 11 ans sont loin de ce stade.

"Les enfants qui viennent de passer leur CEB ont encore besoin d'être considérés comme des élèves parce qu'ils ont évidemment toujours besoin d'adultes pour les accompagner dans leurs apprentissages et qu'il ne peut être question de les considérer comme capables d'apprendre systématiquement et complètement par leurs propres moyens en s'appliquant à aller chercher les connaissances dont ils ont besoin parmi celles qui sont mises à la disposition de la communauté d'étudiants dont ils font partie."

Exclusion précoce

Pour le spécialiste: "tout ce cérémonial carnavalesque associé à la réussite du CEB est un peu ridicule dans la forme qu'il prend. Cela pourrait juste prêter à sourire si l'épreuve certificative, dans la manière dont il est présenté, ne produisait pas a priori déjà autant de dégâts en générant dans la communauté éducative un stress inapproprié et surtout, (...) auprès des 15% qui n'ont pas acquis le droit de se pavaner dans une toge, de lancer une toque et de participer à ce carnaval inapproprié."

Ceux qui ont échoué "ont déjà, à douze ans, l'impression d'être boutés hors de la "corporation" de ceux qui sont autorisés à participer à la cérémonie parce qu'ils n'ont pas le droit, eux, de se déguiser. "

Une opinion qui n'a pas fait l'unanimité sur les réseaux sociaux, certains voyant dans cette nouvelle mode un simple geste marquant la fin de la petite enfance, clôturant six années de travail.