Pensionnée, Françoise Colinia quitte l’Athénée de Mons: « Après le Covid, plus un hôpital qu’une école »

La préfète emblématique de l’Athénée de Mons prend sa retraite. Le cœur lourd.

Ugo Petropoulos
Pensionnée, Françoise Colinia quitte l'Athénée de Mons
Pensionnée, Françoise Colinia quitte l'Athénée de Mons

C’est une page qui se tourne à l’Athénée Royal de Mons: Françoise Colinia, emblématique préfète des études tire sa révérence, l’heure de la retraite ayant sonné. « J’ai le cœur lourd », écrit-elle dans un courrier adressé à la communauté de l’école. Lourd, car elle y a passé 32 ans, comme professeur de français, puis préfète des études pendant 18 ans. Une période durant laquelle elle s’est employée à ce que les élèves de l’établissement « aient une tête bien faite plutôt que bien pleine », en suscitant leur curiosité via de nombreuses activités extrascolaires, sportives et culturelles et en éveillant leur conscience citoyenne: protection de l’environnement, mémoire de la Shoah, aide aux Ukrainiens...

Ses années à la tête de l'Athénée Royal ont été marquées par "un certain émerveillement. Chez bien des élèves, il y avait un goût de l'effort, de la persévérance", nous dit-elle. Mais l'ébahissement a malheureusement cédé la place à une certaine désillusion ces trois dernières années: "la crise Covid a malheureusement mis en berne toutes ces valeurs. J'ai eu plus l'impression d'être dans un hôpital que dans une école. J'observais du découragement chez les élèves, des problèmes psychologiques, une peur de l'école..."

La transmission des savoirs s'est cassée: "des élèves se sont retrouvés en quatrième et certains n'avaient eu aucun contrôle de synthèse depuis leur arrivée en secondaire! C'est comme s'ils n'avaient rien appris, il fallait revoir des savoirs supposés acquis. De surcroît, les professeurs étaient atterrés par le manque de motivation et d'émerveillement de bien des élèves."

Pacte d'Excellence: "On essaie de faire fonctionner l'école comme une entreprise"

Et le Pacte d'Excellence, mis en œuvre au moment où Françoise Colinia doit quitter le navire, ne lui inspire pas l'optimisme. "Des réformes, j'en ai vu passer. Personnellement, je trouve que trop de gens qui n'ont jamais travaillé sur le terrain s'occupent de faire des réformes. Théoriquement, elles sont souvent très bonnes, mais elles ne tiennent pas compte du facteur motivation des élèves. On essaie de faire fonctionner l'école comme une entreprise, mais on est face à des adolescents, qui tombent amoureux, découvrent leur sexualité, ont leurs propres préoccupations...J'ai l'impression qu'on ne tient jamais compte de la spécificité du public scolaire."

Et de s'étonner que l'on malmène toujours des fondamentaux de la réussite scolaire, comme la taille des classes. Le taux de réussite d'une classe a toujours été en relation avec sa taille: une classe de 24 élèves aura toujours un meilleur taux qu'une classe de 32 où, pour un cours de langue, on ne dispose même pas d'une minute pour faire s'exprimer les élèves." La langue, maternelle cette fois, est l'autre élément négligé. Et pour la prof de français, c'est douloureux. "Les grilles de correction ne tiennent plus compte de l'orthographe, ni de la syntaxe. Mais ce sont des choses essentielles pour la compréhension de la langue et ça influence la réussite globale des élèves. J'ai entendu des profs de sciences et de maths dire que l'échec d'élèves dans leur matière venait d'une méconnaissance de la langue française."

La défense de la langue, Françoise Colinia continuera de la porter. "J'aimerais donner le goût de la lecture aux enfants", explique-t-elle quand on lui demande comment elle occupera son temps libre. Mais ce ne sera pas le seul de ses combats: "je voudrais me lancer dans la défense de la laïcité. J'ai l'impression qu'il y a un recul, quand on voit ce qui vient de se passer aux États-Unis avec la révocation du droit à l'avortement."

Et sur la scène politique, l’ancienne députée fédérale MR, échevine des finances et actuelle conseillère communale, n’entend pas se retirer: « je me dis qu’avec Georges-Louis Bouchez, il y a une possibilité de faire exploser la chape socialiste qui gouverne Mons depuis 60 ans. J’y crois en tout cas. »