Manif des enseignants à Mons: "On se bat pour les futurs élèves"

Ils étaient plusieurs milliers à s'être donnés rendez-vous au pied de la collégiale Sainte-Waudru.

U.P.

Une palette de vert et de rouge avec quelques touches de bleu au pied de la Collégiale Sainte-Waudru. Ce mardi matin à Mons,, les syndicats enseignants avaient donné rendez-vous à leurs affiliés de toute la Fédération Wallonie-Bruxelles pour une manifestation et faire à nouveau entendre leurs revendications après une première manifestation à Bruxelles en février.

Dans le viseur des manifestants: le Pacte d'excellence et les réformes qui en découlent. "Les enseignants n'en peuvent plus", s'alarme Isabelle, militante CSC qui exerce dans une école de l'enseignement qualifiant dans le Hainaut. Une réforme de l'enseignement, elle n'est pas contre. "On voulait tous une belle réforme." Mais là, elle a l'impression qu'on essaye de faire passer une réforme prévue sur 15 ans en quelques années, sans y mettre les moyens financiers et humains nécessaires, aux conséquences négatives sur le travail des enseignants. "On met en place un projet qui prend beaucoup de temps, avec une augmentation de la charge administrative, au détriment de l'enseignement et de l'évaluation."

Cette paperasse, Laurent, Frédéric et Séverine, affiliés CGSP et profs dans une école officielle à Jemeppe-sur-Sambre, la dénoncent également. "Notre travail, c'est la pédagogie, pas l'administratif. Nous avons été formés pour enseigner, et nous faisons désormais un métier de bureau", pestent-ils. "Par exemple chez nous, c'est une éducatrice qui s'occupait de noter les absences, reprend Isabelle. Désormais, ce sont les professeurs qui doivent s'en charger chaque heure, en les notant dans leur journal de classe et sur une plateforme informatique. On écrit la même chose plusieurs fois" et on perd son temps à des tracasseries.

Les profs voient aussi d’un très mauvais œil l'évaluation des enseignants. "C'est du flicage, s'alarme Laurent. Un enseignant, qui est un collègue, pourrait évaluer votre travail avec la seule légitimité qu'il a 15 ans d'ancienneté. C'est dangereux parce que n'importe qui pourrait faire un rapport négatif sur un collègue basé sur le fait qu'ils ne s'entendent pas."

Autre grief: la taille des classes. "Je donne cours en section professionnelle infirmier hospitalier. Avant, j'avais 80 élèves répartis en quatre classes de 20. Désormais, il n'y a plus que deux classes de 40. Avec une telle taille, on perd beaucoup en qualité d’enseignement" , explique Nathalie. Conséquence: c'est l'hécatombe dans les classes: "je n'ai plus que 14 élèves."

Pour les enseignants que nous avons pu interroger, la manière dont est piloté le pacte d'excellence est un échec et aura des conséquences néfastes sur la scolarité des élèves. "Aujourd'hui, on se bat surtout pour les futurs élèves qui seront perdus dans cette réforme."