"Tout SEXprime" veut libérer la parole autour du sexe

L’ASBL organise des "cafés sexo", des dictées érotiques et autres activités ludiques pour lever un tabou: la discussion autour du sexe.

Ugo Petropoulos
"Tout SEXprime" veut libérer la parole autour du sexe

En 2021, 25% des recherches exprimées sur internet concernent de la pornographie. En dehors de ce genre, nous sommes sans cesse exposés à du contenu sexuel, pourtant peu sont ceux qui en parlent librement, de manière détachée. Partant de ce constat, Brigitte Bureau, sexologue à Mons, a décidé de créer l’ASBL "Tout SEX’prime" en 2018, afin de contribuer à lever le dernier grand tabou de notre société: la discussion autour du sexe.

"Contrairement à l’adage qui dit que c’est plus facile à dire qu’à faire, la sexualité, c’est le contraire. On en parle donc très peu, car la plupart le fait. Notre objectif est de favoriser la communication autour de cette activité, au sens large." Mais pour parler de sexe, encore faut-il être correctement informé.

"On s’est rendu compte qu’il n’existait pas beaucoup de sources fiables ou modérées en matière de sexualité. À part se rendre chez les sexologues, le reste de l’information on la trouve sur les réseaux sociaux, internet, dans le porno, qui n’est pas la meilleure source qu’il soit vu que ça reste du cinéma." L’association veut donc proposer de l’information "pour développer de l’esprit critique et la communication autour de la sexualité auprès des adultes, sans être obligé de taper à la porte d’un sexologue."

Tout SEX’prime veut permettre aux gens de développer du vocabulaire autour de ce que l’on s’est abstenu pendant des siècles de nommer afin de rendre "normales les conversations autour de l’intimité, en parler de manière simple, sans vulgarité et sans que ça ne tourne qu’autour de la médicalisation. La question est tellement vaste que, souvent, les services qui font de l’éducation à la vie relationnelle et sexuelle axent beaucoup sur la prévention des maladies, des grossesses ou sur les questions de genre. Finalement la place laissée au plaisir de la sexualité passe au second plan. Nous, on essaye de mettre en avant cette dimension-là."

Dédramatiser le sexe

Et tout SEX’prime le fait de manière ludique, dans un cadre propice au dialogue. "On essaye de faire des animations et des activités innovantes pour que les gens s’approprient les mots utilisés. On a amené les cafés sexo en Belgique qui sont des mini-conférences débats sur des thèmes liés à l’amour et à la sexualité et que l’on fait dans des lieux ouverts, partout où on veut bien nous accueillir. On organise aussi des dictées coquines, à partir de textes érotiques, ce qui permet de mettre des beaux mots sur la sexualité. On fait aussi des quiz, avec des questions rarement abordées. Notre objectif, dans toutes les activités, c’est d’élargir la vision et que les gens en parlent quand ils repartent chez eux."

Les activités rencontrent leur petit succès selon Brigitte, surtout dans les endroits où les gens ont l’habitude de se rendre à des conférences. "Pour eux, c’est un sujet parmi tant d’autres. Ailleurs, cela reste un défi: les gens pensent qu’ils seront jugés s’ils viennent à une conférence pour parler de libido. Mais c’est notre rôle de lever ces tabous."

Surtout à l’heure où la pornographie a envahi tous les écrans, laissant les jeunes grandir "avec un référentiel qui est assez pauvre. Si on laisse faire, on se retrouvera bientôt avec une sexualité bien triste, pauvre et pas très équitable. On ne doit pas laisser les choses aller et lutter contre ce que la société est en train de nous amener."

Lutter toujours en s’amusant, car "le sexe, c’est une activité ludique comme une autre. Certains vont au cinéma, d’autres font l’amour." Prochains rendez-vous: à Waterloo pour parler érotisme et pornographie le 9 décembre et à Écaussinnes le 15 décembre pour parler sex toys. Sans jamais juger.

www.toutsexprime.com