Mons: Le projet d’extension du R5 va être enterré une bonne fois pour toutes

Il n’y aurait plus de possible retour en arrière. Et c’est une erreur historique selon MEM.

G.La
Mons: Le projet d’extension du R5 va être enterré une bonne fois pour toutes

Le projet du nouveau Plan communal de Mobilité (PCM) a nourri les débats mercredi soir au conseil communal de Mons. Dans les rangs de l’opposition, le groupe Mons en Mieux estimait qu’il manquait de vision politique, tandis que pour le PTB, le plan est anti-voiture.

Une proposition du PCM a particulièrement animé les discussions. Le collège PS-Écolo prévoit en effet de modifier le plan de secteur de manière à enterrer complètement le projet d’extension du R5 à Havré. Pour rappel, ce projet flotte dans l’air montois depuis des décennies. Il prévoit de prolonger le ring depuis la sortie Mons-Est en traversant le Bois d’Havré, Saint-Symphorien, Spiennes et Nouvelles pour boucler le R5 à Asquillies. C’est du moins ce qui avait été imaginé dans les années 70, lorsque la sortie d’Havré avait été aménagée. Mais l’idée de faire passer une autoroute à travers le bois avait entraîné une levée de boucliers. Même réaction lorsque le dossier est revenu sur la table du collège communal lors de la précédente mandature.

Le projet a sérieusement pris du plomb dans l’aile il y a deux ans, quand le gouvernement wallon a signifié son intention de ne plus construire de nouvelles routes au sud du pays. Avec le PCM, le collège PS-Écolo cloue pour de bon le cercueil de l’extension du R5. En modifiant le plan de secteur en effet, il ne sera plus possible de construire une route sur le tracé prévu. Tracé qui prévoyait en outre des expropriations dans les villages traversés.

Mais c’est une "erreur historique" selon le conseiller de Mons en Mieux, Hervé Jacquemin. "On ne demande pas à prolonger le R5 maintenant. Mais en modifiant le plan de secteur et en annulant cette zone de réservation qui est là depuis des décennies, on enlève toute possibilité de faire cette extension un jour ou l’autre. Autrement dit, même si on se rend compte qu’avec les mesures prises pour favoriser les bus et les vélos, il y a toujours des bouchons à Havré ou à Saint-Symphorien, on n’aura plus jamais la possibilité de créer cet axe structurant. C’est une décision qui engage l’avenir de Mons, mais aussi de toute la région."

Dans les rangs de la majorité, le choix de ne pas pouvoir revenir en arrière est ferme. "Nous ne voulons pas défigurer le Bois d’Havré et les villages qui constituent le poumon vert du Grand Mons avec du béton en prolongement de l’autoroute", explique Marc Darville, chef de groupe PS. "C’est une décision politique que nous assumons. Nous ne voulons pas que même dans le futur, on puisse saccager cette zone verte. Il y a moyen de trouver d’autres solutions pour désengorger nos routes. On le voit d’ailleurs lors des congés scolaires, il n’y a plus de bouchons sur la chaussée du Rœulx ou d’embouteillages sur Mons. C’est sur ces composantes qu’il faut travailler. L’extension du R5, c’est non!"

Pour ne pas saccager le Bois d’Havré, le conseiller Emmanuel Tondreau (MEM) a bien proposé de construire un tunnel. Marc Darville n’est pas convaincu, et c’est un euphémisme. " On nous demande d’être raisonnables et puis on nous soumet une telle proposition qui frôle le ridicule. Il faudrait dépenser des sommes astronomiques pour reproduire le tunnel du Mont-Blanc sous le Bois d’Havré! Et ça poserait toute une série de problèmes techniques. Il faudrait que le tunnel soit assez profond pour passer en dessous des racines des arbres. Et il faudrait prévoir des bouches d’aération pour évacuer les gaz d’échappement… dans le bois! C’est insensé."

L’extension du R5, c’est un grand non aussi pour l’échevine de la Mobilité, Charlotte De Jaer. Alors que les appels se multiplient pour diminuer les émissions du CO2, dépenser des millions d’euros pour prolonger une autoroute apparait comme une hérésie. Avec le nouveau plan de mobilité qu’elle a présenté, l’échevine mise davantage sur le transfert modal. "On peut le voir sur les cartes du SPW, on se retrouverait avec une véritable autoroute urbaine. Au-delà du Bois d’Havré, le projet présente de sérieux problèmes de proximité avec les habitations. Et aujourd’hui, les propriétaires de parcelles situées sur la zone réservée ne peuvent rien faire. Pour les maisons par exemple, ils ne peuvent pas faire d’extension de type véranda ou autre."

Tout ça pour un projet qui n’aurait pratiquement aucune chance d’aboutir? Le collège PS-Écolo a donc décidé de trancher une bonne fois pour toutes et d’enterrer définitivement l’extension du R5.