Mons décor de cinéma: merci le Tax Shelter

C'est ce vendredi 4 novembre que doit s'achever le tournage de Where Hands Touch à Mons, transformée en décor de cinéma depuis lundi. Le tournage va se poursuivre durant un mois dans d'autres villes belges. Qui peuvent remercier le Tax Shelter.

Ugo Petropoulos

Un film 100% anglais racontant une histoire 100% allemande, tourné pendant 5 semaines en Belgique. C'est en ce moment que ça se passe, et ça a commencé à Mons. Depuis le début de la semaine, le tournage du film anglais Where Hands Touch a transformé la cité hennuyère en Berlin de fin de seconde guerre mondiale, avec ses régiments de jeunesse hitlériennes, ses décors constitués de drapeaux nazis de vieilles voitures, de charrettes et de vélos. A la question de savoir ce qui a attiré l'équipe de tournage à Mons, la réalisatrice Amma Asante répond être tombée sous le charme des petites ruelles pavées montoises.

Il est indéniable que la ville a du charme et que la Belgique offre des décors variés sur un territoire restreint. Mais ne soyons pas dupes: cela ne suffit pas pour attirer les tournages de films. Il y a aussi l'aspect financier. Et la Belgique a un argument de poids à faire valoir depuis 2003: le Tax Shelter. C'est un incitant fiscal destiné à encourager la production d'oeuvres audivisuelles et cinématographiques sur notre territoire. Il permet aux sociétés belges ou étrangères établies en Belgique d’investir dans des œuvres destinées au cinéma ou à la télévision et d’obtenir en contrepartie un avantage fiscal. Le système a connu un succès croissant et est désormais une carte de visite pour le secteur audiovisuel belge.

Une carte de visite pour l'étranger

Comme le confirme Bastien Sirodot, producteur associé chez uMedia. Cette société est coproductrice du film et a fait le lien entre les producteurs de Where Hands Touch et le tournage en Belgique. "C'est le producteur principal du film qui nous a contactés. Il avait entendu parler de la Belgique en bien, que ce soit du point de vue des décors possibles, de la qualité des équipes techniques et il était aussi au courant pour le Tax Shelter".

Car le système n'est pas réservé qu'aux porteurs de projets belges: il est ouvert à la production internationale, à condition qu'elle soit européenne et qu'elle fasse augmenter l'activité économique du pays. Les porteurs de projet bénéficiaires du Tax Shelter s'engagent à ce qu'une partie du budget du film soit dépensé en Belgique, que ce soit durant le tournage ou en postproduction.

Dans le cas de Where Hands Touch, on n'a pas fait les choses à moitié puisque ce sont 5 semaines de tournage en Belgique qui sont prévues, plus une petite partie en postproduction qui se fera également chez nous. Après cette semaine passée à Mons et La Louvière (l'équipe a tourné quelques scènes à Bois-du-Luc à La Louvière ce lundi), direction Liège, Limbourg, Jodoigne et Bruxelles pour la suite du tournage. Une belle opportunité pour les acteurs belges de l'industrie cinéma, d'autant que, film d'époque oblige, on est sur un gros projet. "On peut parler d'une grosse production, estime Bastien Sirodot . On est sur un budget de 8,5 millions d'euros. C'est un gros film à l'échelle européenne".

Une industrie florissante

Chez uMedia, on ne tarit pas d'éloges sur les vertus du Tax Shelter. Il faut dire que c'est grâce à cette mesure que cette société est devenue un des principaux acteurs de la production en Belgique, voire à l'échelle européenne. Créée en 2004, elle a été lancée dans la foulée de l'instauration du Tax Shelter et est devenue leader en matière de levée de fonds pour le financement de projets de films. Les fondateurs avaient flairé un bon filon.

En 2015, cette société basée à Bruxelles a levé 42 millions d'euros et cofinancé 43 projets. Dans son catalogue de coproduction, on retrouve des films tels que Grace de Monaco, Les garçons et Guillaume, à table!, La Famille Bélier et Yves-Saint-Laurent. La société est également installée à Londres, Los Angeles et Paris et emploie une petite centaine de personne. Florissante, à l'image du secteur audiovisuel belge: "il y a énormément de projets qui donnent beaucoup de travail à toute l'industrie audiovisuelle en Belgique. Je crois qu'il n'y en a jamais eu autant", avance Bastien Sirodot. On compte par exemple plus de 200 sociétés agréées pour servir d'intermédiaires en Tax Shelter.

Indirectement, d'autres secteurs en profitent aussi : pour Where Hands Touch, une centaine de personnes minimum sont mobilisées sur le tournage. Des gens qu'il faut loger, nourrir...Tout bénéfice pour le secteur Horeca. Par contre, les techniciens britanniques, français...qui voient des tournages à millions d'euros s'expatrier chez nous doivent un peu tirer la langue.