Assises du Hainaut: l'homosexualité de Prévost comme mobile?

L'audition de la soeur d'un des accusés, mardi après-midi, devant la cour d'assises du Hainaut, a jeté un éclairage nouveau sur ce qui a pu constituer le mobile du meurtre de Massimo Thiry, en juin 2006 à Mons: celui des trois accusés qui a avoué les coups de couteau, Ludovic Prévost, aurait en fait été jaloux de sa soeur, selon celle-ci, parce qu'il était lui-même amoureux de la victime.

Jennifer, la soeur de Ludovic Prévost, a comparu mardi comme témoin. Le président de la cour d'assises, Olivier Delmarche, a rappelé que, compte tenu de son âge, la jeune fille, mineure d'âge à l'époque, relevait encore de la juridiction de la jeunesse, alors qu'elle avait été présente au moment du meurtre.

"Ce n'est pas une faveur, c'est un droit", a-t-il souligné, avant d'indiquer au témoin qu'elle n'était en rien obligée de répondre à des questions qui la mettraient elle-même en accusation.

La jeune fille a convenu que, le soir des faits, "on avait bien bu, trop bu" et qu'une fois revenus à l'appartement de Jonathan Sénéchal, "ça avait dérapé". Elle a alors raconté la scène, telle qu'elle l'avait vécue: "Mon frère a pris un couteau, il a frappé; je lui ai dit d'arrêter et il m'a dit t'inquiète pas, il n'est pas mort."

Le président de la cour d'assises a encore insisté en lui demandant de définir ses liens avec son frère: "Il y avait la jalousie; il était jaloux de moi, comme si j'étais son objet", a-t-elle dit. Elle a nié qu'il y ait eu le moindre lien de nature sexuelle avec son frère Ludovic mais, a-t-elle ajouté, "il était peut-être amoureux de Massimo Thiry parce qu'il avait déjà eu des aventures avec des hommes".

La voix tremblante, le témoin a expliqué qu'elle avait également demandé à Jonathan Sénéchal de faire cesser la scène de coups de couteau, avant de faire allusion à une scène précédente, au cours de laquelle Ludovic Prévost avait poignardé le chien de la famille.

Quant à savoir si elle avait elle-même pris part à la scène, Jennifer a convenu qu'elle avait dans un premier temps reconnu avoir cassé une bouteille sur la tête de Massimo Thiry, mais elle l'a ensuite nié.

Ludovic Prévost s'était dit choqué, lundi, par la proximité de sa soeur et de Thiry mais, selon Jennifer, il s'agissait d'un simple flirt. Elle s'est dite incapable d'expliquer comment, dans ce cas, on avait retrouvé des traces ADN de la victime dans ses parties intimes.

Ludovic Prévost a, à ce propos, tenté d'intervenir pour expliquer une fois encore ce qui l'avait heurté dans la manière d'agir de la victime vis-à-vis de sa soeur. Mais le président Delmarche lui a fait remarquer que, là encore, il mettait en avant des justifications qu'il n'avait jamais fournies plus tôt.

Une tante de Prévost est venue décrire quelques aspects particulièrement éclairants du climat familial et de ses brutalités. Elle a ainsi évoqué un épisode au cours duquel le père de Prévost avait donné un coup de fourchette à un bébé, tandis qu'un enfant avait été obligé à un séjour dans un frigo avant d'être réchauffé dans une couverture.

Les proches de Massimo Thiry l'ont dépeint comme un jeune garçon pacifique, généreux jusqu'à en être trop gentil, sans problèmes, et qui ne s'est trouvé en institution que parce que les parents n'avaient pas vraiment le temps de s'occuper de lui.

Selon eux, il n'était pas sans logement; il était hébergé chez les siens, mais il avait préféré partir vivre seul, sans rien demander à ses frères. Son père n'avait pas assumé son rôle: sa seule réaction, apprenant le décès de Massimo, avait été, selon un des témoins, de dire "il n'avait qu'à crever, ce bâtard! "

On entendra ce mercredi les derniers témoins de moralité. La journée de jeudi sera consacrée aux plaidoiries et au réquisitoire. Le verdict devrait intervenir tard dans la soirée de jeudi, la journée de vendredi étant réservée aux interventions sur les peines.

© 2022 Belga. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par Belga. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de Belga.