Angelo Bison (Ennemi Public) de retour dans sa région du Centre: «Je garde des souvenirs magnifiques de mon enfance»

Angelo Bison revient dans sa région d’origine pour une série de dates avec Da Solo. Interview avec l’acteur dont le regard a glacé et fasciné les téléspectateurs d’Ennemi Public.

Ugo Petropoulos
Angelo Bison (Ennemi Public) de retour dans sa région du Centre: «Je garde des souvenirs magnifiques de mon enfance»

Angelo Bison, vous serez dès novembre dans la région du Centre pour jouer Da Solo sur scène. Qu’est-ce que c’est?

C’est un récit de Nicole Malincoli, autrice belge d’origine italienne, qui s’inspire de l’histoire de son papa. Jeune garçon, il vit dans un endroit magnifique, un tout petit village de Toscane. Mais il n’a qu’un rêve: voir du pays et apprendre les langues étrangères. Ce n’est pas une émigration économique, mais un rêve d’enfant. Pour lui, «le monde était fait pour être parcouru.» Il voyage à l’intérieur de l’Italie en travaillant dans des hôtels et des restaurants et un jour il obtient son passeport et part à l’étranger. Il finit à Ostende, face à la reine des plages. Il y reste, se marie, construit un foyer, connaît la réussite sociale et s’installe à Dinant. Après la mort de sa femme et le départ de sa fille, seul, il regarde en arrière tout ce qu’il a fait de ce rêve d’enfant.

Ce récit renvoie chaque spectateur à son rêve: que vouliez-vous faire de votre vie et qu’en avez-vous fait? Il faut préciser que c’est un texte à l’italienne, où il n’y a rien de dramatique. Il y a de la nostalgie, mais avec le sourire. C’est ce qui m’a plu dans ce texte: ce n’est pas du tout misérabiliste. Il y a toujours une pirouette d’humour et c’est pourquoi j’adore ce personnage.

Cette pirouette humoristique, c’est quelque chose de typiquement italien?

Ça vient du néoréalisme italien, tout ce cinéma où on montre des choses comme la pauvreté, mais où il y a toujours une part de rêve, de sourire. Ce n’est pas Zola, il y a toujours quelque chose de drôle, même quand c’est triste. Il y a toujours un bon sens populaire savoureux, comme un bon plat de pâtes!

Ce bon sens populaire, vous le ressentiez à Morlanwelz, où vous avez grandi? On sait que les conditions de vie des premiers immigrés italiens étaient très difficiles, mais les témoignages de cette époque ne sont pas nécessairement misérabilistes…

Mon père était un des premiers, il est arrivé en 1947 pour travailler à la mine. Il avait fui le régime de Mussolini et s’était caché. À la fin de la guerre, il a émigré. Ma mère l’a rejoint en 1948. Moi je suis né en 1957. La vie n’était pas simple, mais elle était magnifique. On habitait dans un endroit où les plafonds tombaient, les WC étaient dehors, l’eau était froide… Mais je garde des souvenirs magnifiques de mon enfance. Il y avait tellement d’autres choses… Comme les gens. J’aime le Centre, qui a été très maltraité avec la fermeture des industries, mais la population est là, fière, gentille, avec la «jate» de café que l’on retrouvait partout. Ma madeleine de Proust, c’est la tarte à la rhubarbe des vieilles femmes qui habitaient en dessous de chez moi…

Vous sentez-vous en résonance avec le personnage que vous incarnez, par rapport à votre vécu?

Oui. J’ai vécu jusqu’à 21 ans ne sachant pas trop ce que j’étais venu faire dans ce monde. L’école m’emmerdait profondément, j’ai travaillé à Boch Frères Keramis dès 16 ans pendant 4 ans, et je ne savais pas du tout ce que j’y faisais… Puis soudain il y a eu cette révélation: l’académie à Morlanwelz. Ça m’a explosé à la figure et j’ai découvert que j’étais venu au monde pour la scène. Quand, en 1978 mes parents sont repartis en Italie, je suis resté pour faire du théâtre à Bruxelles. Je n’avais pas de rêve d’enfance comme le personnage de Da Solo, mais j’en ai trouvé un magnifique, qui m’a comblé. J’ai aussi une magnifique vie de famille, j’ai vécu du théâtre pendant 42 ans, j’ai eu la chance de faire Ennemi Public en télévision… Ce sont des immenses cadeaux de la vie.

Da Solo sera en tournée pour 8 dates du 6 novembre au 18 décembre dans la région du Centre (La Louvière, Carnières, Manage, Le Rœulx, Seneffe, Anderlues). Dates et réservations sur www.cestcentral.be/da-solo. À noter que deux représentations seront données en italien. Da Solo s’inscrit dans une programmation spéciale, «Migrances», où les questions de migrations, d’étrangers, de réfugiés, d’assimilation, de racisme, d’interculturalité… seront abordées au cours d’une série de rendez-vous. Programme complet: www.cestcentral.be/migrances

«En télévision, Béranger me colle à la peau»

Ennemi Public, vous a révélé au grand public, hors monde du théâtre, dans l’incarnation d’un Guy Béranger aussi fascinant que répugnant. Est-ce que ça a changé votre existence?

Il y a un avant et un après, c’est sûr. Avant, on m’arrêtait une fois tous les 6 mois dans la rue parce qu’on m’avait vu dans une pièce de théâtre. Après Ennemi Public, on m’arrêtait 10 fois par jour. Ça ne m’ennuie pas, j’ai du plaisir à discuter avec les gens. J’avais une peur, vu la blessure terrifiante du drame Dutroux, qu’on m’en veuille de jouer quelque chose comme ça. Au théâtre, j’ai déjà eu des gens qui se fâchaient presque sur moi pour avoir accepté des rôles scabreux. Mais dans Ennemi Public, ça n’est jamais arrivé. Au contraire, les gens me félicitaient, et me disaient effectivement trouver mon personnage répugnant tout en le trouvant presque sympathique. Ce rôle a été un beau cadeau. J’avais peur que par la suite, les gens m’assimilent à Béranger au théâtre. Mais ça ne s’est pas produit.

Par contre, à la télévision, je n’ai fait qu’une dizaine de jours de tournage après Ennemi Public, alors que j’ai un agent et tout ce qu’il faut. Là, ce personnage de Béranger me colle à la peau et je n’ai aucune autre proposition valable. Ce qui m’attriste un peu car j’avoue y avoir pris goût! On a du mal à me voir en papa ou gentil grand-père faisant sauter les enfants sur ses genoux… Peut-être que ça changera!

Quels sont vos plans pour la suite?

Da Solo continue jusqu’en février. Et aux dernières nouvelles, dès mi-avril, nous commençons le tournage de la saison finale d’Ennemi Public qui devrait être diffusée en octobre-novembre 2022. J’attends avec impatience de voir ce qu’on a réservé à ce pauvre Béranger! Après, on verra. Je me laisse porter par la vie. Mais je souhaiterais emmener Da Solo dans des grandes villes avec une grande concentration italienne, en dehors de la région du Centre.

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