Maxime Prévot au sujet du drame de Strépy-Bracquegnies: "On ne pourra jamais anticiper le geste isolé de personnes qui ont deux neurones connectés"

Maxime Prévot, président du parti politique "Les Engagés" (anciennement le cdH) et bourgmestre de la ville de Namur, était l’invité de l’émission "Il faut qu’on parle" sur DH Radio ce lundi matin.

A.M

Tout d'abord interrogé sur le drame qui s'est produit dimanche lors du ramassage des Gilles à Strépy-Bracquegnies, Maxime Prévot a rappelé que tout bourgmestre devait se préparer à pouvoir être confronté un jour à un terrible événement pareil. "Que ce soit un jour de fête ou non, c'est l'horreur. Ça prend une dimension particulière quand on connaît le contexte. Pour un bourgmestre c'est toujours une situation dramatique à laquelle on peut tous être confrontés. C'est pour cela qu'il faut travailler à de maintes reprises sur la fluidité des procédures pour le déclenchement des plans d'urgence. S'assurer que tous les services sachent comment fonctionner en temps et en heure."

Suite à ce drame, Maxime Prévot ne souhaite aucunement pointer des manquements dans la sécurité de l’événement. "Il faut beaucoup d’humilité face à un drame comme celui-là. Suite à l’attentat de Nice qui a eu des allures assez similaires, on a tous été gagnés un peu par la parano, avec la volonté de vouloir redoubler de vigilance. Je me souviens que la manière d’organiser les Fêtes de Wallonie à Namur par exemple faisait écho à cela et des blocs de béton étaient placés aux entrées de la ville avec la crainte qu’il y ait un véhicule fou qui pénètre à travers tout", explique le président du parti "Les Engagés".

Ce dernier estime cependant qu’au fil des années, les mesures de sécurité sont moins importantes car il faut aussi éviter de tomber dans la paranoïa à chaque événement. "Il faut reconnaître qu’avec le temps passant, on estompe quelques-unes de ces mesures parce qu’on redevient peut-être plus confiants. A l’époque, nous étions dans un contexte terroriste qui était très puissant et qui a diminué aujourd’hui fort heureusement. Je pense donc que nous devons rester extrêmement vigilants sans tomber dans la parano sinon on va faire une société anxiogène à souhait et une jeunesse très traumatique qui a déjà eu du mal avec la crise sanitaire."

Maxime Prévot a également indiqué que ce type de drame ne pouvait être anticipé. "Il faut se le dire, on ne pourra jamais anticiper le geste isolé de personnes qui ont deux neurones connectés ou qui sont dans une démarche d’excès sous influence quelconque. Le risque zéro n’existe pas mais je peux vous assurer que tous mes collègues bourgmestres et moi-même, on fait en général le maximum avec nos services pour réduire les risques."

«Le gouvernement est à la hauteur du sens de l’accueil des réfugiés ukrainiens»

Concernant l’accueil des réfugiés ukrainiens en Belgique, l’invité du jour d’Il faut qu’on parle estime que le gouvernement n’est pas assez opérationnel. "J’ai beau être un député de l’opposition, je n’ai pas pour volonté de vouloir critiquer pour le plaisir de critiquer. Avec ce nouveau mouvement politique ‘Les Engagés’, ce que nous voulons, c’est régénérer la manière de faire de la démocratie et quitter un peu les postures particratiques. Donc oui, j’ai aujourd’hui le sentiment que le gouvernement est à la hauteur du sens de l’accueil que nous devons avoir. Par contre, opérationnellement, dans la manière dont les choses sont mises en oeuvre jusqu’à présent, non, ça reste encore trop flou. Heureusement que dans ce pays, on peut s’appuyer sur un réseau de communes, de bourgmestres, qui sont extrêmement mobilisés sur le terrain et qui pallient les carences d’information ou d’organisation."

Au niveau de la scolarité des réfugiés, Maxime Prévot ne se dit pas inquiet pour le suivi de celle-ci. L’interrogation se porte cependant sur le financement de cette scolarité. "A l’instar de ce que nous avons prévu à Namur, on a déjà pu identifier dans notre réseau communal les places d’encadrement qu’il y avait. Il reste des points d’interrogation sur les modalités financières d’intervention, c’est clair. En Wallonie, on nous parle d’un euro par habitant. C’est presque une aumône par rapport aux frais qui vont être générés mais je n’ai même pas envie de parler d’argent quand il s’agit d’aider des personnes qui fuient la guerre et les bombes."

«La question de la souveraineté énergétique a été gérée avec beaucoup d’amateurisme»

Le récent accord énergétique du gouvernement a également été abordé. Suite à la prolongation de deux réacteurs jusqu’en 2035, Maxime Prévot s’est dit "favorable à la prolongation de deux réacteurs". "Il ne faut toutefois pas aller dans la surenchère pour le moment. Je pense qu’il était essentiel de prolonger les deux réacteurs qui faisaient l’objet de débats. De continuer à investir dans la recherche et le développement en la matière (....) Il faut se dire maintenant que, dans un accord de bric et de broc, la question de la souveraineté énergétique, c’est une question stratégique fondamentale dans un Etat. Et elle a été gérée avec beaucoup d’amateurisme et beaucoup trop de dogmatisme ces dernières années", regrette Maxime Prévot.

"On nous explique que, pendant deux ans, on était pieds et poings liés à Engie sur la fin du nucléaire, qu’on n’avait pas d’autres choix que de quitter le nucléaire car de toute façon ils débrancheraient la prise des réacteurs. Fin de l’année dernière, suite à des tensions en interne du gouvernement, on nous explique que finalement, rendez-vous le 18 mars pour décider si oui ou non, stop ou encore. On nous a ensuite expliqué qu’il fallait construire deux centrales à gaz pour compenser la fermeture des deux réacteurs. Aujourd’hui, on nous explique que malgré le maintien des deux réacteurs, il faudra quand même en plus deux centrales au gaz. Donc nous sommes dans une situation où l’on accroît notre dépendance au gaz et donc potentiellement à la Russie. On n’a pas de vision sur la vitesse à laquelle les transitons écologiques vont se faire."

Pour Maxime Prévot, l’objectif du 100% renouvelable ne sera pas possible en 2050. "Nous n’arriverons pas à couvrir l’intégralité de la consommation électrique uniquement avec de l’éolien et du photovoltaïque. Investissons dans la recherche et le développement mais nous savons que nous allons avoir une explosion de l’électrification du parc automobile, par exemple. Il ne faut pas voir le nucléaire avec angélisme mais il ne faut pas diaboliser non plus cette énergie dont on risque d’avoir cruellement besoin pour garder une souveraineté et une maîtrise des prix", conclut le président des "Engagés".