1 ha déboisé pour 16 logements? «Si j’ai acheté un terrain en zone rouge, ce n’est pas pour y planter des carottes»

Un projet immobilier à l’orée du bois de Besonrieux a suscité une levée de bouclier des riverains. Mais juridiquement, la balance pencherait pour le promoteur…

Ugo Petropoulos
1 ha déboisé pour 16 logements? «Si j’ai acheté un terrain en zone rouge, ce n’est pas pour y planter des carottes»
L’orée du bois de Besonrieux est l’objet de deux projets immobiliers ces dernières années. Le deuxième suscite l’opposition des riverains. ©Ugo PETROPOULOS

Les affiches jaunes posées en février dernier autour d’une parcelle boisée au bout de la rue Émile Vandervelde ont quelque peu troublé la quiétude du petit village louviérois de Besonrieux, ilot de ruralité encerclé par des autoroutes.

Elles annonçaient une enquête publique dans le cadre d’une demande de permis d’urbanisme pour 16 logements unifamiliaux sur deux parcelles attenantes d’une surface totale d’un peu plus d’un hectare.

Dès son annonce, le projet a provoqué une vive mobilisation des riverains de la rue Vandervelde. En cause: il doit être construit sur une surface qui est actuellement boisée. La bétonner va à l'encontre de la volonté politique affichée de préserver les espaces verts, que ce soit au niveau régional ou local. A La Louvière, le bourgmestre porte désormais le concept de ville-parc,où les espaces verts seraient sanctuarisés.

«Nous devons trouver l’équilibre en permettant la construction de nouveaux logements sans plus grignoter de terres et supprimer des espaces verts au profit du béton», déclarait d’ailleurs Jacques Gobert à nos confrères de la DH, alors même que les riverains se préparaient à la riposte. Ceux-ci ont rédigé une pétition qui a réuni 273 signatures, dont 68 émanent d’autant d’habitations de la rue Vandervelde.

Les arguments des opposants

Parmi leurs arguments, les opposants ont fait valoir le déboisement, la densité de logements au-delà des prescriptions communales, des problèmes de mobilité, d’égouttage et d’électricité au vu des équipements actuellement en fonction et les nuisances liées aux travaux.

 Près d’un ha a déjà été déboisé dans le cadre d’un premier permis.
Près d’un ha a déjà été déboisé dans le cadre d’un premier permis. ©Ugo PETROPOULOS

Le collectif pointe aussi un précédent permis octroyé au demandeur, qui avait déjà construit au déboisement de près d’un hectare au bout de la rue. Le permis prévoyait des mesures de protection de certains hêtres centenaires et de compensation environnementale.

«Aucune de ces mesures n’a été respectée et les hêtres centenaires sont tous morts, soit par volonté délibérée, soit par grave négligence. Le permis n’a pas été respecté, ni contrôlé», affirment les riverains dans leur pétition.

L’argument massue du promoteur

Mais voilà, face ces arguments, le promoteur Calogero Schifano a un atout majeur dans son jeu: son terrain, situé à l’orée du bois, est en zone constructible. «Si j’ai acheté un terrain en zone rouge, ce n’est pas pour y planter des carottes, mais pour y construire», rétorque-t-il. La parcelle concernée par la dernière demande de permis est d’ailleurs située entre deux zones déjà bâties et les arbres qui s’y trouvent seraient pour la plupart en mauvais état, selon lui.

Calogero Schifano invite les pétitionnaires «à venir discuter. On se met à table. S’ils m’avaient proposé de racheter le terrain, j’aurais peut-être accepté», lance-t-il.

Côté riverains, on conteste l’affirmation que le projet entièrement en zone d’habitat. «Lors de l’élaboration du plan de secteur, dans les années 1980, la Région ne disposait pas d’une cartographie superposée (précise au 10 000e NDLR). Il en résulte une certaine imprécision des limites. Des extrapolations sans valeur juridique ont été réalisées», affirment-ils.

«Dans le doute, il faut privilégier l’intérêt général de protection d’un des rares bois de l’entité sur une volonté spéculative.» Et d’en appeler au rejet du projet comme contraire au plan de secteur.

Pas d’arguments juridiques, estime le PS

Les pétitionnaires sont venus faire entendre leur argumentaire aux conseillers communaux la semaine dernière, alors qu’ils devaient se prononcer sur la demande de modification de voirie, préalable indispensable à l’octroi du permis. Et qui fut adoptée par le seul groupe PS, l’opposition ayant voté contre en dénonçant un projet du passé et Écolo, partenaire de majorité, s’étant abstenu.

1 ha déboisé pour 16 logements? «Si j’ai acheté un terrain en zone rouge, ce n’est pas pour y planter des carottes»
©Ugo PETROPOULOS

Pour les mandataires socialistes, il manque d’arguments juridiques pour justifier un refus. «Le projet se situe au plan de secteur dans une zone d’habitat et non dans une zone verte, comme nous l’avons souvent entendu. Tant au niveau schéma du développement communal que du Guide Communal d’Urbanisme, il est en zone constructible», a souligné l’échevin l’Urbanisme Pascal Leroy.

Si le conseil communal avait délivré une décision défavorable, le demandeur aurait introduit un recours à la Région wallonne et «si nous n’avons pas d’arguments, nous sommes balayés d’un revers de main», a estimé le bourgmestre Jacques Gobert.

Et Pascal Leroy de rappeler que la parcelle a fait l’objet d’une première demande de permis introduite en juillet 2018 pour la construction de 8 maisons et 14 appartements.

«Le collège s’est prononcé sur un avis défavorable sur ce projet qui, par la suite, a été revu à la baisse pour avoir une densité de 15 logements à l’hectare. Il est compliqué d‘avoir des arguments juridiques à opposer à ce projet et nous nous retrouverions sur un terrain très compliqué pour défendre une position de refus.»

Les mandataires socialistes du conseil communal ont donc ouvert la voie à ce projet immobilier, sur lequel il reviendra au collège communal de se prononcer définitivement. Au vu des échanges de la semaine dernière, le promoteur peut dormir tranquille. Les riverains, moins.

Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...