Les caricatures de la presse communiste s'exposent à La Louvière

"Noirs dessins du communisme", c'est le titre ironique d'une exposition qui s'est ouverte hier à la Maison du Tourisme de La Louvière. 170 caricatures retracent l'histoire du dessin militant de gauche en Belgique. Droite, clergé, monarchie, dictateurs, militaires...constituaient les cibles privilégiées des caricaturistes.

Ugo Petropoulos

C'est à un temps que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître que nous renvoie l'exposition "Noirs dessins du communisme", qui vient de s'ouvrir à La Louvière, à la maison du Tourisme des Parcs et Canaux. Elle nous plonge en plein 20e siècle, quand existait encore une presse d'opinion en Belgique francophone et des courants communistes. Et qui dit presse dit souvent caricatures, même si ce n'était pas une constante dans les journaux d'extrême-gauche, où les dessins satiriques apparaissent, disparaissent, reviennent..."Il fallait que se fasse la rencontre d'un militant qui savait dessiner", explique Jules Pirlot, président du CarCoB, le Centre des Archives du communisme en Belgique.

C'est cet organisme qui a plongé dans ses documents pour en extraire environ 170 dessins parus entre les années 1920 aux années 1980. Cette exposition est l'aboutissement de recherches sur la relation qu'entretenait le mouvement communiste avec l'humour. Découpée en trois thèmes, l'expo permet au visiteur de se rendre compte des préoccupations qui animaient de manière récurrente les caricaturistes des périodiques de gauche.

Les premières cibles de leurs crayons: les adversaires politiques. Les hommes politiques de droite évidemment, mais aussi les socialistes, considérés comme des traîtres et le couple église-monarchie. Ce qui frappe à la découverte de ces caricatures du siècle dernier, c'est qu'elles sont toujours aussi actuelles. Comme celle qui dézingue Paul-Henry Spaak en 1974, avant qu'il ne passe commande d'avions de chasse à 30 milliards de francs. Un peu plus loin, c'est le traitement inégal réservé au Bruxellois dans le fédéralisme qui est taclé: "Un Wallon+un Flamand+Un Bruxellois=2 Belges".

Non, non, rien n'a changé

Au rayon monarchie, Baudouin en prend pour son grade pour avoir tenté d'obtenir un rabiot à sa dotation un peu courte de 36 millions de francs. Tiens, récemment un Roi à la retraite se sentait aussi un peu court avec sa petite pension. Attaque contre l'index accusé de menacer l'économie, privatisation des services publics, économies dans les soins de santé...Changez les noms et les têtes et les dessins gardent toute leur pertinence aujourd'hui.

Deuxième sujet de prédilection: la solidarité internationale avec les populations soumises à un régime autoritaire, et l'antimilitarisme. Les guerres du Vietnam, Laos...inspirent beaucoup de même que les dictatures: Franco en Espagne jusque dans les années 70, l'Argentine, où une coupe du monde de foot aura lieu en 1978, alors que les opposants sont jeté à la mer depuis un hélicoptère. 40 ans plus tard, la coupe du monde aura lieu dans la Russie de Poutine.

L'exposition se termine sur les rivalités au sein de la gauche, où les factions rivales et dissidentes se multipliaient, entre trotskystes, marxistes-léninistes...Les mouvements, se scindent, fusionnent, se disputent...Et au passage se tirent dans les pattes par dessins interposés. On sort de cette exposition en se disant que le terreau d'inspiration est toujours là et a peu changé. Seule différence entre aujourd'hui et les années 80: "Le Drapeau Rouge", "L'Offensive", "La Gauche"...Tous ces journaux et périodiques ont disparu, en parallèle avec la déliquescence politique du communisme. Aujourd'hui, pour les artistes militants de gauche, c'est dans les revues anarchistes que ça se passe, ou sur internet....

Le Grand-Père du Chat était communiste

La première chose que l'on voit en entrant dans l'exposition, c'est une "photo de famille" intitulée "Leur tête ne revient à personne", croquant le gouvernement PSC de Jean Van Houtte en 1952. Auteur des portraits: Diluck, Didier Geluck pour l'état civil. Il a commencé comme dessinateur de presse pour la Dernière Heure après la guerre, puis s'est rapproché du Parti Communiste Belge. Il intègre le Drapeau Rouge, le journal du parti, pour lequel il dessinera durant 5 ans, avant d'être accaparé par Progrès Film, société qui a distribué pendant 52 ans des films produits en Europe de l'est. Si Philippe Geluck connaissait les sympathies communistes de son père, il ignorait qu'il était bel et bien adhérent du PCB. Ce que le CarCob a pu prouver grâce aux archives du PCB, qui dressait un portrait très précis de chaque adhérent. Didier Geluck a bien pris sa carte en 1947. Cette manie communiste de vouloir tout savoir...

Des archives touffues

Le CarCoB est devenu la mémoire du mouvement ouvrier et de la mouvance communiste en Belgique. Ou plutôt des mouvances, l'extrême-gauche se caractérisant par les nombreux schismes et dissidences qui ont animé son histoire compliquée. De quoi compliquer l'inventaire, d'autant que les dons d'archives affluent. "Notre part de documents répertoriés diminue avec le temps. On reçoit de plus en plus de documents, mais on ne parvient pas à les inventorier tout de suite, par manque de personnel. Notre collection augmente, mais nos subsides pas forcément", précise Jules Pirlot, président du CarCoB. Aujourd'hui, c'est 2 km d'archives linéaires qui sont réunies au CarCoB à Bruxelles.