Crommelynck imprimeur de Picasso

Quand on dit Crommelynck en Belgique, on pense d’abord Fernand, le grand dramaturge. Mais son fils Aldo, a été l’imprimeur des plus grands artistes.

Marie-françoise Gihousse

Un Crommelynck peut en cacher un autre. Et une petite visite au Centre de la gravure à La Louvière vous prouvera la chose. Les lieux accueillent une nouvelle exposition qui dévoile les trésors de l’atelier d’Aldo Crommelynck, fils de l’écrivain Fernand Crommelynck.

Né fin 1931 à Monaco, Aldo Crommelynck va très jeune s’intéresser au dessin et à la peinture. Après une initiation à la gravure, le jeune homme – il a alors 17 ans – décide de changer de cap et de se consacrer à la gravure des autres.

Il fait ses premières armes chez le maître-imprimeur Roger Lacourière avec lequel il apprend la taille-douce. Mais bientôt, il est amené à remplacer Roger Lacourière, malade, auprès des artistes. Il commence sa collaboration discrète mais importante auprès de Matisse, Picasso, Joan Miro, Le Corbusier, Hartung, André Masson ou encore George Braque pour n’en citer que quelques-uns…

Avec la collaboration de deux de ses frères, Piero et Milan, Crommelynck va d’abord ouvrir son propre atelier à Paris puis un second à Mougins, en 1963, afin d’être proche de Notre-Dame-de-Vie où vit alors Picasso. Pendant près de dix ans, il travaillera quasi exclusivement avec l’artiste espagnol, jusqu’à la mort de ce dernier en 1973. Une collaboration que l’on peut découvrir à travers quelques très belles œuvres exposées à La Louvière.

Tout comme on y retrouve aussi des gravures, eaux-fortes, aquatintes et autres des grands artistes européens contemporains de l’imprimeur et de plus jeunes qui viennent travailler dans son nouvel atelier parisien.

Un endroit fréquenté également par toute une génération d’artistes anglais et américains attirés par la réputation de Crommelynck: Richard Hamilton, Jim Dine, David Hockney, Jasper Johns, Jœl Shapiro, etc.

En 1986, la Pace Gallery à New York invite Crommelynck à imprimer leurs éditions. Il installe alors un nouvel atelier dans la métropole américaine et partage le travail des grands artistes de la galerie mais aussi d’autres. Red Grooms, Jœ Wilfer, Dan Flavin, Claes Oldenbourg… pourront apprécier la maîtrise acquise par Crommelynck qui se partagera entre ses deux ateliers, parisien et new-yorkais jusqu’en 1997 moment où il cesse ses activités, onze ans avant sa mort en 2008.

C’est tout autant l’histoire d’un homme que celle de l’art de la gravure de la seconde moitié du XXe siècle qu’on peut découvrir à La Louvière. Une exposition réalisée en collaboration avec La Bibliothèque nationale de France qui possède un extraordinaire fonds Crommelynck et avec le Musée Soulages de Rodez. La BNF et le musée ayant accueilli l’événement avant La Louvière.

Jusqu’au 6 septembre au Centre de la gravure de La Louvière, www.centredelagravure.be