Porcherie à Ronquières: la commune refuse le permis

Après avoir recueilli tous les avis, le Collège communal de Braine-Le-Comte a pris position: c’est non pour ce que les opposants ont surnommé «l’usine à cochons.»

Ugo Petropoulos
Porcherie à Ronquières: la commune refuse le permis
- ©ÉdA

Cela fait près de deux ans qu’un projet d’élevage de cochons agite la commune de Braine-Le-Comte et au-delà. La famille Pattyn, exploitante agricole, prévoyait de bâtir une nouvelle exploitation dans le village de Ronquières, rue du Tombois, à 800 mètres du plan incliné, et qui se trouve en zone agricole.

L’exploitation consistait en une porcherie d’engraissement pour 1 800 porcs, une aire couverte, une citerne de 5 000 litres de mazout, une aire de chargement, stockage d’une tonne de produits phytos, niche à cadavres, une cabine électrique de 160 KvA…

Le projet avait été refusé une première fois en début d’année 2018 par la commune de Braine-Le-Comte, mais aussi par la commune voisine d’Ecaussinnes, touchée par le charroi si le projet venait à sortir de terre. Le demandeur avait alors introduit une seconde demande de permis, remaniée, mais qui suscitait toujours autant l’ire de la population qui manifesta sa désapprobation au conseil communal.

Ce mardi, le Collège communal de Braine-Le-Comte s'est prononcé, deux mois après celui d'Écaussinnes, qui avait de nouveau remis un avis défavorable. Verdict: Braine-Le-Comte aussi refuse le projet.

Un avis a primé sur les autres

«Le Collège, bien conscient de l'émoi suscité dans la population, avait remis un premier avis réservé sur la demande de permis, attendant les avis des fonctionnaires technique et délégué (de la Région wallonne NDLR)», explique le collège.

Avant l'arrivée de ces avis, il faut bien reconnaître que l'ensemble des autres avis étaient plutôt positifs. Sur les dix directions consultées, un seul était négatif: celui de la CCATM de Braine-Le-Comte (Commission consultative d'aménagement du territoire).

L'avis du fonctionnaire technique aussi est favorable: «il conclut qu'au niveau environnemental, le projet répond aux observations et réclamations faites lors de l'enquête publique», note le collège.

Mais l'avis du fonctionnaire-délégué, défavorable, a fait pencher la balance, strictement d'un point de vue administratif. ce dernier s'appuie notamment sur le fait que le Gouvernement wallon, dans son refus de mai 2018, considérait l'activité comme du para-agricole et que cela mériterait une dérogation au plan de secteur.

Mobilité, impact paysager et philosophie agricole

Il note aussi l’impact paysager du projet avec la nécessité d’importants mouvements de relief du sol, ses volumes contraires à l’intégration «Paysage-Agriculture», la construction en ligne de crête…

La mobilité est un autre motif de refus: «le charroi de 530 véhicules annuels serait de trop pour la voirie existante.»

Enfin, pour le fonctionnaire-délégué, «le type d'élevage proposé dans la demande n'assure pas, comme le prévoit le CoDT, un «développement durable et attractif du territoire», le type d'élevage relève d'un élevage industriel et non d'une agriculture durable en lien direct avec le sol et le territoire local.»

Si le collège communal brainois reconnait «que bon nombre d'avis sont favorables» et que «plusieurs remarques du premier permis ont été corrigées », les points soulevés par le fonctionnaire-délégué (mobilité, impact paysager, type d'agriculture) ont eu plus de poids dans sa décision.

«Le Collège communal a toujours été respectueux des avis rendus tant par la population que par la Région wallonne, à ce titre, et vu les incertitudes planant toujours sur le dossier, le Collège communal a décidé de refuser le projet», affirme-t-il dans un communiqué.

Une agriculture dépassée?

Les élus brainois voient aussi dans la mobilisation autour de ce dossier une volonté «de plus en plus forte de changer nos modes de vie pour se tourner vers un monde plus durable et donc une agriculture plus respectueuse de la durabilité.»

Reste maintenant à vérifier ce dernier postulat. Lorsque nous l'avions interrogé l'an dernier, le porteur de projet était très sceptique sur la portée de ce changement de comportement. «Chaque label (agricole) a plus de candidats producteurs que de consommateurs… On peut faire la promotion de ce type d'agriculture, mais finalement, ce sont les consommateurs qui décident», déclarait Luc Pattyn.

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Qui a désormais 20 jours pour introduire un recours auprès de la Ministre de l’environnement et du Ministre de l’aménagement.