Plus question d'emporter les poissons

Plus question d'emporter ou manger les poissons. La pollution aux PCB venue du zoning d'Hennuyères touche les étangs de Coeurcq.

Fanny Guillaume

Pas con tents les pêcheurs habitués à taquiner le poisson au bord des étangs de Coeurcq. Le geste criminel d'un locataire de hangars au zoning des Tuileries à Hennuyères a contaminé l'eau des étangs et a fortiori les poissons. Cette pollution aux PCB rend le poisson impropre à la consommation. «Il y a trois déjà, nous avons instauré la pêche en no-kill, raconte Édouard Caramin, vice-président de l'ASBL les Pêcheurs réunis de Tubize. Ce qui signifie que nous rejetons les poissons pêchés à l'eau. Mais cette fois, la pollution interdit carrément d'emporter le poisson et surtout de le consommer.»

Une décision lourde de conséquences pour les pêcheurs. La publicité faite autour de la pollution rebute quelque peu les habitués. «Les grands panneaux placés à chaque entrée du site ne sont pas très attrayants, souligne le secrétaire de l'ASBL, Eugène Lambert. On constate déjà qu'il y a moins de pêcheurs que d'habitude.»

Autre point noir: l'impossibilité pour l'ASBL d'organiser sa traditionnelle saison truites. «Chaque année, début octobre, on ouvre la saison truites et on organise toute une série de concours, d'activités spécifiques, poursuit Jean-Pierre Fumière, administrateur de l'ASBL. Mais cette année, ce ne sera pas possible, et cela va nous causer un sérieux manque à gagner.»

Plus d'un million de frais

Avant de retrouver une situation normale, les étangs devront être entièrement vidés, les boues draguées et les poissons euthanasiés. «C'est un travail de cinquante ans entièrement foutu, s'indigne Marcel Guilleaume, administrateur de l'ASBL. Les étangs comptent environ vingt tonnes de poissons, dont des carpes qui peuvent atteindre 15kilos. Des spécimens comme ceux-là ne se trouvent pas en pisciculture.»

Les frais de l'opération ont déjà été estimés à environ 1 million d'euros, sans compter les coûts liés à l'achat de nouveaux poissons. À environ 5€ le kilo, et sachant qu'il y en a environ 20 tonnes, le calcul est vite fait.

En juin dernier, l'ASBL qui gère les étangs a déposé plainte contre les responsables de la pollution puisque ces derniers sont aujourd'hui connus. «Nous estimons que le pollueur n'est pas le seul en tort même si c'est lui qui est à l'origine de la pollution, note Jean-Pierre Fumière. La responsabilité du propriétaire du zoning est également engagée car il doit connaître les activités qui ont cours sur son site et la commune est également responsable pour avoir délivré le permis d'exploitation.»

Aujourd'hui, les pêcheurs veulent savoir qui va payer et surtout quand? «Une procédure comme celle-là peut prendre des années, ajoute le président de l'ASBL, Paul Serez. Mais nous ne pouvons pas attendre. Sinon, c'est la mort pure et simple des activités liées aux étangs.»

Pour tenter d'éviter ça, l'ASBL peut compter sur le soutien de la commune, propriétaire des étangs, qui tente actuellement d'actionner différents mécanismes de paiements anticipés.