Guerre en Ukraine: à la frontière polonaise depuis le 8e jour de l'invasion, il raconte l'enfer de la vie dans les centres d'accueil

Ziggy Durieux a quitté son emploi pour aller aider la population ukrainienne.

Guerre en Ukraine: à la frontière polonaise depuis le 8e jour de l'invasion, il raconte l'enfer de la vie dans les centres d'accueil

C’est une expérience que Ziggy Durieux n’aurait jamais cru vivre. À seulement 20 ans, le jeune montois a pris la direction de la frontière polonaise pour aider, dans la mesure de ses moyens, les réfugiés ukrainiens. Gérant d’un restaurant ici en Belgique, il n’a d’ailleurs pas hésité à démissionner de son emploi pour prendre la route. Sur place depuis le 8e jour de l’invasion russe, il décrit aujourd’hui les conditions de vie extrêmement pénibles des réfugiés.

"On manque de tout. De bénévoles surtout car au bout de quelques jours, beaucoup font demi-tour, trop épuisés, trop affectés par ce qu’ils vivent et voient", explique Ziggy Durieux, seul belge présent à la frontière polonaise, à Tesco plus précisément. "On ne peut que déplorer l’inaction de la Belgique, de la France. J’ai multiplié les contacts avec les ambassades, les affaires étrangères, et les réponses sont toujours les mêmes."

À savoir qu’une fois dans le pays, les réfugiés seront aidés. Mais encore faut-il qu’ils puissent y arriver. "Nous n’avons aucune aide au niveau des transports, tout est à notre charge. Nous n’avons plus les moyens d’évacuer les réfugiés, extrêmement nombreux à vouloir rejoindre la Belgique, la France ou encore l’Espagne. Ce sont des personnes qui n’ont généralement pas de familles en Europe et qui sont donc totalement dépourvues."

Les autorités polonaises seraient quant à elles dépasser par la situation. "Elles ne nous aident en rien dans la gestion des centres d’accueil. Elles se contentent de jouer un rôle policier. Ici, c’est un centre commercial qui a été reconditionné mais les réfugiés dorment à même le sol, les uns sur les autres. Il fait horriblement sol, il y a des excréments partout, nous n’avons pas de douche,… Nous nous lavons à la lingette depuis des semaines. Des maladies comme le covid ou la tuberculose circulent."

Ce vendredi, les bénévoles, totalement impuissants face à ce triste spectacle – apprenaient que le centre de Tesco devait fermer ses portes pour des raisons sanitaires, justement. "Il n’y a aucune organisation, aucune coordination. Une fois le centre fermé, ce sont plus de 2000 personnes qui vont devoir être déplacées, sans savoir où aller. Elles vont être déposées à la gare la plus proche… Et advienne que pourra."

Les bénévoles se rendront à Korczowa, où ils espèrent pouvoir emmener un maximum de personnes avec eux. "On avait déjà prévu de faire quelques allers-retours mais organiser le déplacement de plusieurs dizaines de personnes prend du temps, il y a des démarches administratives à effectuer,…" Et si la barrière de la langue n’est pas le problème le plus important sur place, Ziggy Durieux ne cache pas que tenir le coup est moralement compliqué.

"Avant de partir, j’ai pris quelques jours pour réfléchir. Je voulais aider à mon niveau et c’est désormais ce que je fais. Mais je ne dors qu’au grand maximum cinq heures par nuit, je vois la souffrance des gens, je tente d’aider mais nous n’avons aucune solution miracle car nos moyens sont extrêmement limités,… C’est une situation absolument dramatique." Des bénévoles sont donc activement recherchés pour rejoindre ceux déjà présents à la frontière polonaise, de même que des moyens de transport pour évacuer les réfugiés et leur permettre de rejoindre la Belgique.

Des produits de soins, d’hygiène et de nettoyage sont également les bienvenus au sein des centres d’accueil.