Ça brasse pour moi à Boussu: le coup de foudre entre bière et gastronomie

"Ça Brasse Pour Moi", c'est le premier bébé d'Antoine et Catherine Malingret conçu dans l'ancienne ferme familiale. L'idée: marier gastronomie et bière. Et prouver que le houblon est aussi noble que les meilleurs cépages de raisin.

Ugo Petropoulos

"Ca Brasse Pour Moi" à Boussu, c’est avant tout une belle histoire d’amour: celle entre Antoine et Catherine, jeunes mariés, qui ont voulu unir et partagerleur passion respective: la bière pour l’un, la gastronomie pour l’autre. L’alliance des deux, cela donne une microbrasserie qui a pris ses quartiers dans une vieille ferme à Boussu, et oùon marie harmonieusement gastronomie et boissons houblonnées.

Le point de départ de cette aventure, ce sont des soirées de zythologie. «Remettre la bière dans un contexte culinaire, ça nous a fort plu. Comme nous voulions faire un projet en commun, on a commencé par ça, explique Antoine Malingret. La zythologie, c'est la sommellerie de la bière. C'est apprendre que style de bière va pouvoir se marier à quel type de met, quels sont les différents accords.» Par groupes de 10 à 12 personnes, on apprend à reconsidérer la bière et à l'utiliser au-delà de la carbonnade ou avec un steak-frites.

Durant ces soirées la notion de partage chère au projet est centrale, dans une ambiance de table d'hôtes. Cette notion réapparait avec lacave à bière, deuxième mamelle de "Ca Brasse Pour Moi".

«C'est une vitrine des microbrasseries qu'on aime et que l'on prend du plaisir à faire découvrir. On y vend nos bières, mais d'autres aussi qui valent le coup d'être découvertes. Ce ne sont pas forcément des bières locales, mais elles ont en commun le fait qu'elles sont moins distribuées dans les circuits classiques.» Au rayon bière trappiste, point donc de Chimay Bleue, mais plutôt de la Spencer, seule bière américaine à disposer du label.

Mais à "Ca brasse Pour Moi", on ne se contente pas de faire découvrir et de vendre de la bière: on la fabrique aussi. C'est la troisième étape du projet, commencée il y a un peu plus d'un an avec les premiers brassins qui sont sortis des cuves.

«La notion de matière première transformée en produit fini m'a toujours interpellé, tout comme la transformation des céréales et le processus de fermentation pendant mes études, explique le bio-ingénieur formé à Gembloux. Au fur et à mesure, je me suis braqué là-dessus et j'ai choisi toutes les options autour de la fermentation et de la brasserie.»

Une histoire de famille

Professionnellement, le jeune homme a poursuivi dans le domaine brassicole, travaillant dans une entreprise qui prépare la mise en route de brasseries.S’il rencontre les aspects techniques et logistiques dans son travail, il lui manquait tout ce qui était création et transformation du produit. Ce que "Ca Brasse Pour Moi" lui permet d'accomplir depuis un an, après avoir retapé une partie de la ferme familiale.

«Ce bâtiment appartenait à mes grands-parents, qui sont décédés au début des années 2000. Mes parents n'ont jamais voulu le vendre, se disant que ça pourrait intéresser un enfant de la famille.» Bien vu. La ferme du 19e est désormais l'endroit où s'épanouit l'envie de partage et la créativité d'Antoine et Catherine.

«Pour moi, le lieu a une grande importance par rapport à la brasserie. Je suis persuadé que si je délocalise la production de mes bières, ça ne donnera pas la même chose. J'ai le sentiment que c'est important d'être ici.» D'autant qu'Antoine s'emploie dans la mesure du possible à utiliser des céréales produites par ses parents, agriculteurs, dans la fabrication de ses bières. Le faire dans la ferme de ses grands-parents, c'est une manière de boucler la boucle…

"De la bière qui s’achète, mais qui ne se vend pas"

Ça brasse pour moi à Boussu: le coup de foudre entre bière et gastronomie

Inutile de chercher une production "Ca Brasse Pour Moi"dans les rayons d'un supermarché: vous n'en trouverez pas. Pour Antoine, l'aspect commercial n'est pas une priorité, au contraire de la créativité, le moteur du projet. «"Ca Brasse Pour Moi"reste une activité complémentaire, de fin de semaine. On travaille à petite échelle. Ma préoccupation est de travailler sur le produit. Travailler sur la quantité, ça demande une autre démarche.»

En travaillant sur des petits volumes et en n'en faisant pas son gagne-pain principal, la production d'Antoine s'adresse surtout à des curieux. «On fait de la bière qui s'achète, pas qui se vend. Il n'y a aucune démarche commerciale, ce sont les gens qui viennent à nous.C'est pourquoi je ne fais pas de démarchage des cafés alentour, car à ce moment je serai dans une démarche de vendre mon produit.»

Du coup, c'est dans le circuit spécialisé que le tandem se fait connaître, comme en juin dernier au SWAFF, le festival de la bière artisanale de Bruxelles. Il se fait une place dans les étals des magasins de bières spécialisés et dans certains restaurants misant sur la découverte de produits artisanaux. «On essaye d'être présent dans des endroits où on respecte le produit et où il y a une démarche d'intérêt pour la bière artisanale.»

Brasserie collaborative

Ça brasse pour moi à Boussu: le coup de foudre entre bière et gastronomie

Et où on peut faire des rencontres et développer de nouvelles choses. Car brasser tout seul dans son coin, c’est fini. Le maître-adjectifaujourd’hui, c’est collaboratif.

«C’est un aspect qui s’installe beaucoup au sein de la jeune génération. Il y a une belle ouverture d’esprit. On discute des matières premières utilisées, des types de houblon, des céréales employées…»

Pour les brasseurs amateurs, ces discussions débouchent sur des créations communes. Pour Antoine, ça a notamment donné naissance à la Triple d’Oz, une bière vieillie dans des vieux fûts de whisky et brassée avec la Brasserie d’Oz à Héron.

De la rousse fumée à la noire amère

«Je n’aime pas les bières sucrées et rondes. J’aime par contre les bières sèches, avec une amertume prononcée. Commercialement, ce n’est pas passe-partout. Mais les bières passe-partout, les grandes brasseries industrielles les font très bien et mieux que nous. Dès lors autant faire quelque chose qui nous plait et qui correspond à la vision que l’on a de la bière.»

Et ce qui plaît à Antoine ne tapera sans doute pas dans l'oeil des marketers d'AB Inbev. Son fil conducteur: toujours créeren réfléchissant à accorder ses bières avec la cuisine.Chaque étiquette renseigne d'ailleurs avec quels plats boire la bière.

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Désir Noir

est l’archétype de production pas du tout vendable dans les circuits classiques.

«C’est un Dry Porter. Une bière noire, mais plus légère que les brunes de chez nous. C’est un style anglais, à la base c’était brassé pour les ouvriers des villes portuaires.»

Oubliez le goût sucré auquel vous vous attendriez, on est plutôt dans un registre amer pour cette noire légère titrant à 5%.

«C’est très typé, on aime bien ou on déteste»

, sourit Antoine. Incomparable avec la Guiness, et bien plus digeste. Compatible avec la viande grillées, des huîtres ou...des cookies.

Eté Indien. Ce n'est pas parce que les IPA sont à la mode qu'il faut s'interdire d'aller sur ce terrain. D'autant que contrairement à certaines IPA de grandedistribution qui donne l'impression de brouter du houblon, cette bièrerousse n'est pas qu'amère. Eté Indien, c'est aussi un travail très appréciablesur les différents malts, qui donne des notes fumées et biscuitées. Titre à du 6,5%. Compatible avec la cuisine asiatique, du fromage bleu...

Ça brasse pour moi à Boussu: le coup de foudre entre bière et gastronomie

Rayon de soleil. Le premier brassin sorti des cuves de Ca brasse pour moi, en juillet 2016. Une saison offrant un bout goût de céréales. Mariage du seigle et du froment pour une bière donnant une sensation épicée et avec une pointe d'acidité. Bière blonde cuivrée, légèrement trouble, mousse généreuse. Titre à du 6,2%. Compatible avec de la viande de porc, la salade, des oeufs...

La Mosaïque. Une création exclusive pour Jean-Philippe Watteyne, le "Top Chef" montois, qui cherchait une bière légère à proposer dans son restaurant "Le Bistrode Jean-Phi". «Il voulait une bière de type lager pour accompagner le débutdes repas. Elle titre à 4,5%. L'idée était de montrer que l'on pouvait proposer une bière de goût, sans qu'elle ne soit forte.» Là encore, amertume et senteurs florales au rendez-vous. Le houblon est de nouveau mis à l'honneur, jusque dans le nom de la bière.

Ca Brasse Pour Moi, Rue du Calvaire 21, 7300 Boussu. www.cabrassepourmoi.be

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