A Binche, interdiction de démolir l’ancienne église des Récollets: et maintenant, que fait-on?

Une décennie après sa désacralisation, une conversion de l’ancien édifice religieux est-elle encore possible?

U.P.
A Binche, interdiction de démolir l’ancienne église des Récollets: et maintenant, que fait-on?

L’ancienne église des Récollets à Binche ne sera pas rasée, du moins pas dans les prochaines semaines. Comme nous le relayions dans nos colonnes, la ministre du Patrimoine Valérie De Bue a suspendu l’arrêté de démolition pris par la Ville , suite à l’incendie de la charpente de l’édifice le 10 juin dernier. La ministre estimait notamment que l’argument technico-économique avancé par la Ville n’était pas suffisant pour justifier la destruction d’un édifice classé, dont la stabilité n’est pas menacée à court terme, et que des alternatives de conservation existent.

Qu'en pense la Ville de Binche? Cette dernière n'a pas voulu réagir à chaud, rappelant que les travaux de sécurisation de l'édifice, consistant à enlever les éléments instables comme les pierres de corniches et les débris de charpente, se poursuivent. La Ville se laisse le temps d'analyser en détail les motivations de la décision de la ministre et ses propositions pour offrir une deuxième chance aux Récollets. Pour rappel, Valérie De Bue suggère la construction d'une toiture métallique, dont le coût est évalué à 300 000€ et qui serait cofinancée à 50/50 par la Ville et la Région wallonne. De quoi garantir la stabilité de l’édifice sur le long terme et d'entamer une réflexion afin de permettre la création "d’un projet pérenne et qui s’insère dans la société."

Mais ce sera difficile. Des projets, il y en a eu depuis la vente de l'église par la paroisse, en 2013. Le premier acheteur voulait y créer un musée, mais jeta rapidement l'éponge. Celui-ci revendit l'édifice à Pascal Velque et sa société Unifaçade, qui voulut, sous la bannière du "Crucis", créer un espace polyvalent culturel et l'événementiel. Quelques animations (bar éphémère au carnaval, concerts...) se sont déroulées, mais le projet a fini par s'éteindre, faute de recevoir les autorisations nécessaires de la part de la Ville. Le propriétaire a lâché l'affaire, déserté les lieux et mis en vente le bâtiment, laissé à l'abandon jusqu'à l'incendie.

Et maintenant? Un promoteur assez audacieux se manifestera-t-il pour impulser une nouvelle dynamique au bâtiment, certes classé, mais qui n'a plus aucune utilité depuis 10 ans? Peut-on trouver un projet de reconversion qui satisfasse le voisinage dans un édifice à ce point imbriqué dans le tissu urbain, cerné d'habitations? Peut-on réunir les conditions de sécurité nécessaire pour un projet situé à un carrefour hautement fréquenté? Un emplacement qui complique tout projet destiné à accueillir du monde. Et dire que la récente rumeur binchoise projetait déjà un parking sur les décombres des Récollets...