Lucie fabrique les derniers sabots en Wallonie

Lucie Brichot chausse les Gilles de Binche et d’ailleurs depuis 45 ans. Elle est une des dernières sabotières de Wallonie.

Fanny Guillaume

Sa petite boutique dans le centre de Binche, Le Floche, est connue dans toute la région. Et peu connaissent son véritable nom. « Dans le coin, tout le monde m'appelle Madame Floche ! », sourit-elle. Et on vient de loin pour lui acheter ses fameux sabots. De LaLouvière, de Nivelles et même du nord de la France, les sabots de Lucie Brichot sont réputés dans tous les coins où l'on vénère le carnaval. « C'est toute ma vie, explique Lucie. Regardez comment je vis.Des sabots, il y en a partout, dans mon salon, ma cuisine et je ne vous ai pas encore montré ma cave… »

Fondée par son grand-père en 1920, la boutique du centre de Binche est rapidement devenue une institution. Ici, on ne fabrique pas les sabots à proprement parler. « Il faudrait un trop grand entrepôt pour laisser reposer les bois. » Mais on suit l'entièreté du processus de fabrication, depuis le choix des arbres, leur coupe jusqu'à la pose des brides et talonnettes que Lucie Brichot confectionne elle-même avec les outils de son grand-père.

Pour faire un bon sabot, il faut d'abord un bon arbre, du peuplier ou du saule. Plus l'hiver est rude, meilleur est le bois. « Cette année-ci, ça va être une bonne année pour le bois ! » Mais il ne faut pas l'abattre à n'importe quel moment. « C'est une question de sève. Il faut le couper quand la sève descend et rester patient parce que la forêt a ses propres règles, on ne coupe pas durant la période d'accouplement des animaux, ça les dérangerait ! »

Et de la patience il en faut. Une fois coupés, les troncs patientent encore à la saboterie. De un à trois ans, ça dépend, le temps que la sève s'évacue. Ensuite, les troncs sont débités en sabots. Étape durant laquelle Lucie veille. Enfin, les sabots arrivent par milliers de paires Au Floche et envahissent sa cave. « Au début de l'année, il y avait des sabots jusqu'au plafond, après le carnaval, la cave sera vide. »

Instruments de musique à part entière, les sabots de Lucie réveillent la ville le matin du carnaval depuis des décennies mais d'ici peu, sa petite boutique fermera faute de repreneur dans la famille. « Et comme ma grand-mère ne voulait pas d'étranger, je n'ai pas d'autre choix. » Évidemment, tous les gilles se demandent comment ils vont faire sans « la Binchoise ». « Et bien ils iront au Village ! », répond Lucie du tac au tac. Mais ça ne sera plus pareil.¦