Les agriculteurs montois face à la sécheresse: "Il me faut 5000 litres tous les deux jours"

Pour les éleveurs, les temps sont durs et les maraîchers tentent de limiter les dégâts.

U.P.
Les agriculteurs montois face à la sécheresse: "Il me faut 5000 litres tous les deux jours"
©Zuma Press - Belga

5,2 mm. C’est le total de précipitations tombées au mois de juillet, enregistré à Uccle par l’IRM. La normale est de 76,9 mm pour le mois écoulé. Les deux premières semaines d’août sont à l’avenant, de quoi rendre la vie dure aux agriculteurs.

“Toutes les cultures auxquelles on peut donner de l’eau, c’est correct. Mais celles que l’on ne sait pas arroser, c’est foutu”, nous dit Danny Delaere, exploitant à Ghlin. “J’ai planté des carottes sur sable, ce qui donne une belle forme à la racine, mais je ne sais pas leur donner de l’eau, toute la récolte est donc fichue.” Danny se concentre sur ce qui est sauvable, soit ses cultures en serre et les parcelles près de sa ferme. “J’ai des réserves d’eau, mais il me faut 5 000 litres tous les deux jours. Ce qui n’est que le service minimum, pour tenir les légumes en vie. Je n’essaie plus de faire grandir mes tomates, mais de les faire survivre.”

Sous ses pieds, il y a encore de l’eau. “Mais pour y avoir accès, il faudrait un puits plus profond, des pompes plus performantes… Mais on nous demande des prix impossibles”, regrette-t-il. Le manque de pluie engendrera des pertes, tout comme les inondations en 2021. “J’ai perdu la moitié de ma récolte de chicons l’an dernier car il y avait trop d’eau. Cette année, je perdrai aussi la moitié car il n’y en a pas assez.”

Impuissant face aux aléas climatiques, Danny tente aujourd’hui de limiter les dépenses inutiles et considère qu’il ne fait pas partie des moins bien lotis. “Je ne fais plus que de la vente directe, ce qui me permet de vivre sur des plus petits volumes que si je travaillais avec des grossistes.” Et de citer des confrères “qui travaillent avec l’industrie et qui doivent respecter certains calibres sous peine de pénalités. Un collègue cultive des oignons et passe son temps à les arroser pour que les bulbes grossissent, ce qui lui coûte un pont en eau.”

Les réserves de foin déjà mangées

Autre catégorie de mal lotis : les éleveurs. Benoît Evrard, agriculteur à Hyon, a déjà bien entamé sa réserve de foin d’hiver pour ses bêtes. “Il n’y a plus rien en prairie. Normalement, on commence à nourrir les vaches en octobre-novembre. Ici, avant le 15 août, on les nourrit déjà, ce qui nous occasionnera des frais en plus.”

Une vache ça boit aussi beaucoup : “50 litres d’eau par jour”, nous dit Jean-Luc Bauvois, éleveur à Mesvin. Et sa citerne est tarie, tout comme les réserves de Benoît. “Je récupère toute l’eau de pluie depuis les toitures de mon hangar et je n’ai pas eu à me servir de l’eau de ville l’an passé, mais ici je n’ai plus rien depuis juin.” 9 000 litres d’eau de ville partent donc chaque semaine pour désaltérer ses vaches. Heureusement, le prix du lait a doublé par rapport à l’an dernier : “ça permettra de réaliser la même marge que l’an dernier, même si on aurait pu en faire une bien plus importante avec un temps plus clément.”

Les seuls à avoir tiré leur épingle du jeu sont les céréaliers. “La récolte de froment a été correcte”, confirme Jean-Luc Bauvois. Par contre, pour ceux qui ont planté du maïs, c’est mal barré. Suivant les activités, la composition du sol, les systèmes d’irrigation, ou la proximité d’un cours d’eau, les agriculteurs de la région sont impactés de manière bien différente. “Nous ne sommes pas tous égaux devant la sécheresse”, conclut Danny Delaere.