Le Doudou passe partiellement aux gobelets réutilisables: "Il faut éduquer les gens"

Les exploitants de cafés n'appréhendent pas l'abandon prochain des gobelets jetables, mais plutôt la réaction des consommateurs

Ugo Petropoulos
Le Doudou passe partiellement aux gobelets réutilisables: "Il faut éduquer les gens"

"On se doutait qu'on allait y arriver un moment ou l'autre. Cette mesure, c'est donc un mieux pour tout le monde." Xavier, responsable d'un bar de la place du Marché-aux-Herbes, n'est pas surpris par l'arrivée des gobelets réutilisables au Doudou. Ceux-ci seront obligatoires durant trois jours sur les périmètres ouverts aux festivités: le mercredi et jeudi sur la Grand-Place et au Marchés-aux-Herbes, et le dimanche du petit Doudou. Les autres jours, gobelets réutilisables et à usage unique mais recyclables cohabiteront.

La transition vers un Doudou sans gobelets jetables s'opère donc en douceur: "Soyons honnêtes, mercredi et jeudi sont les deux jours les plus petits de la Ducasse", note Michael, gérant de plusieurs établissements de la Grand-Place. Si elle apparaît peu ambitieuse, cette option mixte est un choix de raison, explique Massimo Falasca, représentant des cafetiers du Marché-aux-Herbes.

"On avait deux soucis. Le premier, c'était le temps restant avant la Ducasse et la nécessité de trouver un consensus rapidement entre les commerçants. Le deuxième souci, c'est que rien n'est en place aujourd'hui pour passer uniquement aux gobelets réutilisables. Même les brasseurs n'en proposent pas. Au fil des réunions avec la Ville, on s'est rendu compte que le 100% réutilisable en 2022 serait un échec."

La complexité du Doudou, c'est que contrairement à un festival, ce n'est pas un lieu fermé. La multiplicité des sites complique la logistique en termes de gestion des gobelets, de leur nettoyage, de leur distribution dans les multiples débits de boisson...En deux mois, il était très difficile de trouver une solution centrale qui agrée tout le monde. L'option du "chacun pour soi'' a donc été choisie. Mais tout le monde s'est mis d'accord sur une règle: ne pas demander de consigne. "C'est une volonté des commerçants. Quand il y a une consigne, il y a une perte de volume qui peut être de l'ordre de 20%." Cela implique aussi un casse-tête en termes de fonds de caisse, où il faut prévoir suffisamment de monnaie pour rendre la consigne.

Le défi du retour des gobelets

Reste qu'en optant pour les verres sans consignes, les stocks de gobelets risquent de disparaître. Désormais le vendredi, on teste le gobelet réutilisable sans caution au Marché-aux-Herbes. Et la première expérience n'a pas été très convaincante. "Sur un stock de 500 gobelets, on en a perdu un tiers", nous confie Xavier.

"Il faut éduquer les gens, faire en sorte qu'ils ramènent les gobelets, ne les volent pas, reprend Massimo. Une campagne de sensibilisation avec le slogan "Tu m'as bu, tu me ramènes" va se mettre en place pour taper sur le clou." Un commerçant de la Grand-Place abonde: "Il faut mettre en place des astuces comme par exemple des récompenses pour ceux qui ramènent un nombre important de gobelets."

Les commerçants vont aussi devoir revoir leur manière de fonctionner. Massimo Falasca: "j'invite les commerçants à travailler à l'ancienne. Il y a 20 ans, on travaillait encore avec du verre. Il faut prévoir des ramasseurs de gobelets pour que les gens se trouvent encombrés le moins possible, pour en perdre le moins possible et qu'il y en ait le moins sur la voie publique. Car c'est le but recherché finalement. "

Le changement de moeurs ne se fera pas du jour au lendemain: "il faut installer cette façon de consommer et il faudra plusieurs ducasses pour s'y faire." Mais les Montois n'ont de toute façon pas le choix puisque d'ici 2023, les gobelets en plastique jetables seront interdits en Europe.