Pas de raison qu’on efface l’ardoise

Le schiste d’Herbeumont se décline sous toutes les formes dans une maison: parement, dalles, escaliers, etc. Et l’ardoise n’est pas trop lourde.

Philippe Carrozza

L’ardoise, surtout celle extraite à la carrière de Babinay, n’est pas près de s’effacer de notre paysage tant elle peut se décliner à l’envi dans ses applications en construction et en aménagements de jardin.

Le seul problème, c'est l'extraction de l'ardoise de couverture. Même si elle est garantie plus de 100 ans et que sa qualité est reconnue, la «scaille » d'Herbeumont est trop chère à façonner. «Impossible d'être concurrentiel et c'est à contrecœur qu'on fait ce constat, explique Benoît Pierlot, un des deux patrons des Ardoisières d'Herbeumont avec Michel Bouvy, le produit serait pourtant incomparable, mais il y a le coût de la main-d'œuvre et la trop grosse quantité de chutes (déchets) qui font obstacle à la rentabilité.»

M. Pierlot, quelle est la caractéristique de l’ardoise d’Herbeumont?

C’est un schiste vieux de 285 millions d’années. Une pierre dont la plus unique caractéristique est qu’on peut facilement la fractionner. L’ardoise d’Herbeumont est très dure et très résistante au gel; elle est agréable au toucher et, avec ses tons de brun, est unique en ce sens qu’il n’y a jamais deux blocs identiques. En choisissant par exemple de monter le mur de parement d’une maison avec ce schiste, on est sûr à chaque fois d’avoir un résultat différent des autres constructions. Cette pierre se marie avec tous les autres matériaux: bois, brique, béton ou métal. De plus, avec le temps, elle se patine un peu.

Le schiste n’est-il pas moins résistant que la pierre bleue par exemple?

On me pose souvent la question. Je renvoie les gens à ces pierres tombales de Mortehan, en bord de Semois. Elles sont dressées sur la tranche et devraient donc être plus vulnérables qu’à plat. Pourtant, elles sont toujours là depuis parfois plus de 200 ans. Quel meilleur test?

Quelle gamme de produits sortez-vous de la carrière d’Herbeumont?

En plus de toute la gamme des pierres de parement – qui représentent environ 35% de notre chiffre d’affaires – nous produisons des dalles pour les terrasses, allées, parkings, etc., des pas japonais, des couvre-murs, des matériaux pour construire des pièces d’eau naturelles, des murs de soutènement et même des clôtures, des gabions aussi. Au lieu des cailloux qu’on voit partout, nous fabriquons des plaquettes de schiste de 15 cm qui donnent une impression de murs de pierres sèches.

Tout cela est façonné sur place?

Oui, la carrière est juste à côté. Les blocs sont acheminés sur notre chantier où ils sont sciés et transformés. Nous sommes une petite équipe de sept personnes avec Michel et moi. Nous n’avons pas de stocks, nous ne travaillons que sur commande.

À lire dans L'Avenir 18 mai, sur tablette, smartphone ou PC

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