Prix du tabac : le Grand-Duché souhaite réduire l’écart avec ses voisins dont la Belgique

Des députés grands-ducaux se déclarent favorables à une augmentation du prix du tabac, faisant passer la santé publique au premier plan.

Geneviève Montaigu (Le Quotidien)
 Le tabac permet à l’État d’engranger un milliard d’euros de recettes en droits d’accises et TVA. Le CSV a voulu débattre de son prix. (
Le tabac permet à l’État d’engranger un milliard d’euros de recettes en droits d’accises et TVA. Le CSV a voulu débattre de son prix. ( ©Photo News 

Au Grand-Duché de Luxembourg, Gilles Roth brandit un paquet de cigarettes d’une célèbre marque au cow-boy pour introduire le sujet qui fera l’heure d’actualité à la Chambre des députés. Le coprésident de la fraction chrétienne-sociale met le doigt sur les écarts de prix du tabac avec nos pays voisins. En Belgique, ce même paquet vaut 7,5 euros, en Allemagne, 7,6 euros, en France, 10,5 euros et au Grand-Duché, 5,5 euros. Entre ces deux derniers pays, la différence est de 91%.

Les ventes crèvent le plafond chaque année et, selon le directeur de l’administration de l’Enregistrement, le chiffre devrait atteindre les quatre milliards de cigarettes vendues pour 2022, contre 3,6 milliards l’an dernier. Pour donner un ordre de grandeur, cela correspond grosso modo à une consommation d’un paquet par jour et par habitant.

Un milliard de recettes pour l’État

Les ventes des produits du tabac rapportent un milliard d’euros dans le budget de l’État, 800 millions pour les accises et le reste en TVA. C’est autant que les taxes perçues sur l’industrie des fonds, compare Gilles Roth. Le CSV n’est pas contre une augmentation du prix du paquet de cigarettes afin de réduire l’écart avec ses voisins. "En augmentant d’un euro le paquet, le Luxembourg restera toujours attractif", estime le député, qui pense ainsi à engraisser un peu plus les caisses de l’État.

Il fait remarquer qu’en 2012, il n’y avait que 34% de différence entre les prix luxembourgeois et français. Il serait bienvenu de réduire le différentiel qui existe aujourd’hui et qui incite à toutes sortes de trafics. Devant les députés réunis en commission, le directeur de l’administration de l’Enregistrement n’a pas pu exclure des faits de contrebande et de blanchiment, inévitables en pratiquant de tels prix.

De quoi interpeller et pousser le député à interroger la ministre des Finances, Yuriko Backes, sur ce sujet délicat. "Faut-il réduire ce différentiel, comme le Luxembourg l’a fait pour les prix des carburants?", questionne Gilles Roth. Autrement dit, le gouvernement compte-t-il augmenter les taxes sur les produits issus de l’industrie du tabac?

«Un sujet difficile»

"Je ne vous cache pas que c’est un sujet difficile", entame la ministre, Yuriko Backes, sensible au problème de santé publique que pose la consommation de tabac. Elle a rencontré la Fondation Cancer qui lui a suggéré également d’augmenter le prix du tabac. "J’encourage les gens à ne pas fumer", dit-elle avant de détailler toute la réglementation européenne concernant l’importation et l’exportation du tabac, les démarches procédurales pour les professionnels et les limites pour les particuliers.

Elle reconnaît que l’écart de prix entre la France et le Luxembourg est élevé, mais rappelle que le Luxembourg augmente régulièrement ses taux et la dernière hausse date de février dernier, alors que la ministre venait de prendre ses fonctions.

En ce qui concerne la criminalité qu’engendrent les trafics en tous genres, revente illégale ou blanchiment, Yuriko Backes affirme que l’administration des Douanes travaille en étroite collaboration avec ses homologues, notamment les Britanniques. "En dépit des mesures prises et à prendre, c’est un sujet qui a des réalités économiques et sociales qu’on ne peut ignorer", a conclu la ministre en indiquant qu’aucune solution ne pourrait satisfaire tout le monde.

La santé d’abord

André Bauler (DP) ne comprend pas que le CSV inscrive le sujet à l’ordre du jour d’une séance plénière alors que le sujet a été débattu sous toutes ses facettes en commission. "Je ne comprends pas pourquoi on parle des recettes de tabac aujourd’hui, car si elles étaient moins importantes, on pointerait du doigt le déficit des caisses de l’État."

De son côté, Cécile Hemmen (LSAP) dit ne pas être opposée à une hausse des taxes, se focalisant surtout sur les méfaits du tabac sur la santé alors que 1,3 milliard de personnes fument à travers le monde. Elle appelle à sensibiliser toujours davantage aux dangers du tabac. Idem pour le député pirate Sven Clement, qui se dit affolé par les décès qu’entraîne chaque année la consommation de tabac. La cheffe de la fraction écolo, Josée Lorsché, est d’avis, elle aussi, qu’il faut se rapprocher des prix pratiqués par les pays voisins, comme le prône la Fondation Cancer.

La députée déi Lénk Myriam Cecchetti est favorable également à une augmentation des prix du tabac, en plaçant la santé publique au premier plan des préoccupations.

L’ADR, par la voix de Fernand Kartheiser, se dit favorable au tourisme à la pompe et aux prix attractifs du tabac. Selon lui, Les photos et les messages sur les paquets de cigarettes alertent à suffisance sur les dangers du tabac et l’État n’a pas à s’en mêler davantage. "Arrêtez de dire qu’il faut plus de taxes, plus d’impôts, il y en a assez", estime Fernand Kartheiser.