Jules Boulard, Jacinthe Mazzocchetti et Vital Lahaye en lice pour le Godefroid Culture 2022 (vidéo)

Chaque année, les Godefroid récompensent les personnes, entreprises et associations qui, par leurs succès et leurs initiatives, représentent l’excellence et l’esprit battant de la province de Luxembourg.

Ma. Gi.

Six Godefroid seront décernés par un jury de spécialistes et remis lors de la soirée de gala du 26 novembre 2022: culture, social, jeune, économie, développement durable et sport.

Un 7e trophée sera décerné par vous: le Godefroid du public ! Votez pour votre favori.te sur www.lesgodefroid.be.

Aujourd’hui, nous vous présentons les candidats en lice pour le Godefroid Culture.

Jules Boulard (Jéhonville, Bertrix): « Il faut transmettre la faculté de s’émerveiller »

 Jules Boulard a toujours dépeint avec justesse et sensibilité l’Ardenne de son enfance.
Jules Boulard a toujours dépeint avec justesse et sensibilité l’Ardenne de son enfance.

Si Jules Boulard vit aujourd’hui aux confins des provinces de Namur et du Hainaut, c’est bien l’Ardenne que ce romaniste, qui fut autrefois professeur de français et proviseur d’école, a sans cesse célébré dans la plupart de ses romans, poésies ou autres nouvelles.

On doit ainsi à sa plume de nombreux romans dont certains qui, comme L’Argile et la craie ou Les naufragés de l’aurore, sont de véritables déclarations d’amour à l’Ardenne d’autrefois. L’auteur y restitue avec justesse et sensibilité l’ambiance de nos campagnes au sortir des deux conflits mondiaux. "Mes parents et grands-parents m’ont transmis nombre de récits d’autrefois. C’est une véritable mission pour moi de tenter de faire revivre cette époque, de restituer les gestes et le savoir de cette région en pleine mutation, avant la mécanisation du monde agricole. La douce musique quotidienne de ses villages aussi avec les grelots de chevaux qui résonnaient. Dans tous mes écrits, j’essaie de transmettre cette faculté d’émerveillement qui est partout: une rivière qui coule le vent qui couche les blés,… C’est ce que j’ai toujours essayé de faire passer à mes élèves et à mes lecteurs."

Avec sans cesse chez Jules Boulard ce soin apporté, cette exigence, à utiliser les mots justes, les plus appropriés à chaque situation, seuls capables d’apporter nuances et musicalité au texte.

Dans son nouveau roman, La morsure du feu paru en début d’année aux éditions Weyrich, c’est la Lesse qui sert cette fois de confidente à son jeune héros Aubain. L’auteur a en effet connu le village de Chanly dans l’immédiat après-guerre, là où il passait du temps chez son grand-père. Même s’il réside aujourd’hui à Aiseau-Presles, Jules Boulard a également comme port d’attache, et terreau de plusieurs de ces ouvrages, le village de Jéhonville (Bertrix) dans lequel il a vécu, enfant, au sein de sa famille maternelle, apparentée à un autre poète… un certain Paul Verlaine. J.B.

Jacinthe Mazzocchetti (Hargimont, Marche), l’émotion à fleur de peau

 Jacinthe Mazzocchetti mène de front son métier d’anthropologue à l’UCL et ses nombreux projets littéraires.
Jacinthe Mazzocchetti mène de front son métier d’anthropologue à l’UCL et ses nombreux projets littéraires.

Évoquer Jacinthe Mazzocchetti, c’est avant tout parler de passion. Une passion qu’elle développe dans son métier d’anthropologue à l’Université de Louvain-la-Neuve pour lequel elle a déjà signé bon nombre d’ouvrages scientifiques. Ces principaux thèmes d’exploration: les adolescents en rupture, la problématique des migrations et plus récemment nos vies en pandémie. Des sujets d’étude qui lui servent également de matière première pour des projets plus littéraires, ceux-là.

Son premier recueil de nouvelles La vie par effraction est une plongée dans la vie de treize adolescents, tandis que son roman, empli d’humanité et de justesse , Là où le soleil ne brûle pas, interroge le destin de quatre migrants. "Je ressens ce besoin de me confronter aux réalités parfois difficiles. Mais également la nécessité d’en rendre compte autrement que par de pures analyses scientifiques. Passer par la fiction ou la poésie permet bien souvent de transmettre plus facilement des réalités plus sombres."

Membre de la Table littéraire de Marche depuis de nombreuses années, elle explore tous les genres, les croise parfois: de la nouvelle au roman en passant par la poésie, en ne s’interdisant non plus aucun détour vers la photographie, le graphisme,….

Jacinthe Mazzocchetti, c’est également une émotion à fleur de peau et un engagement de tous les instants qui explosent dans bon nombre de ses ouvrages. On peut penser ici à Ma grande voyageuse, journal de deuil poignant adressé à sa mère défunte.

Elle vient récemment de publier trois ouvrages: Incertitudes – Ethno-poésie des temps suspendus qui interroge nos comportements lors de la récente pandémie, le recueil de poésie En écorches et Ton ombre émoi qui aborde les violences sexuelles faites aux femmes. On lui doit encore Semer des chemins, un projet théâtral de sensibilisation aux réalités migratoires, mené avec Caroline Étienne et Julie Renson. J.B.

Vital Lahaye (Florenville), l’homme révolté

 La sensibilité de Vital Lahaye est marquée durablement par la liberté et le vagabondage.
La sensibilité de Vital Lahaye est marquée durablement par la liberté et le vagabondage.

Poète, prosateur anticonformiste, passionné discret, libre-penseur, homme de conviction et de cœur, cœur de paysan, Vital Lahaye est de ces vieux sages qui n’ont jamais appris à marcher en file indienne. Romaniste de formation, bourlingueur dans sa vie professionnelle, pourfendeur des idées reçues, nous ne nous trompons peut-être pas en disant que l’homme, l’écrivain, a traversé la vie à contre-courant. Il incarne, dans la discrétion, le bas-bruit et le silence qui en disent plus que long, l’intelligence, la culture, la révolte contre l’injustice sociale. Cinquième d’une fratrie de sept, il est né à Chassepierre (Florenville) en 1937. Son père est peintre en bâtiment. Sa mère tient l’épicerie du village.

Liberté et vagabondage

La sensibilité de Vital Lahaye est marquée durablement par la liberté et le vagabondage que lui autorisent la campagne et la forêt environnantes. Arrivent les événements de mai 1968. Vital Lahaye veut aller à la rencontre de la vie, celle qui fatigue le corps et abrutit. Il travaille chez un horticulteur de Florenville, puis dans une scierie, plus tard encore dans une brasserie. En 1971, il part enseigner en Algérie. Aujourd’hui, le poète vit, marche, lit et écrit à Florenville. "Tout au long de son itinéraire, il n’a cessé d’écrire et de lire. Mais éditer ? C’eût été attendre quelque chose d’une société qui attend des artistes qu’ils la justifient…"

L’écrivain tentera alors philosophiquement d’appréhender la vérité, celle des injustices comme celle du simple humain. Il a traversé les générations par l’attachement à l’écriture et aux cris des désœuvrés, ses amis, ses frères… Certes, à défaut de l’édition, il restera quelque chose d’éternel dans l’œuvre de Vital Lahaye, par sa pensée. Ma.Gi.

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