L’échevin condamné pour avoir harcelé l’ancienne bourgmestre

Pierre Brzakala, ancien échevin de Soumagne, a été condamné à une peine d’un mois de prison avec sursis pour avoir harcelé l’ancienne bourgmestre.

Sarah Rasujew
L’échevin condamné pour avoir harcelé l’ancienne bourgmestre
La succession de Charles Janssens fut très compliquée, à Soumagne.

Les témoins ont décrit des propos parfois sexistes sous couvert de l’humour, déplacés, grossiers, irrespectueux, vexatoires voire même menaçants.

Le tribunal correctionnel de Liège a condamné Pierre Brzakala, 71 ans, ancien échevin de l’Enseignement de Soumagne à une peine d’un mois de prison avec sursis pour avoir harcelé Mme Chantal Daniel, l’ancienne bourgmestre PS de Soumagne entre le 23 septembre 2013 et le 9 juin 2017. Le tribunal a également accordé 2 500 euros de dommages à la partie civile et 480 euros d’indemnité de procédure. L’ancienne bourgmestre s’est constituée partie civile dans les mains d’un juge d’instruction car elle estimait que l’homme, avec d’autres, avait organisé du harcèlement. En 2013, Chantal Daniel a succédé à Charles Janssens. Une arrivée qui ne s’est pas faite sous les meilleurs auspices. Des tensions sont rapidement nées entre la bourgmestre et plusieurs échevins, notamment de son propre parti. Des clans se sont formés et l’ambiance était très tendue. C’est dans cette ambiance électrique que des plaintes croisées ont été déposées par plusieurs personnes, dont la bourgmestre elle-même. La chambre du conseil a décidé de plusieurs non-lieux. Seul Pierre Brzakala s’est retrouvé poursuivi. Selon les témoignages, il aurait traité Chantal Daniel de BBB, le bœuf Blanc, Bleu, Belge…

Lors de sa comparution devant le tribunal, le prévenu a réfuté toute volonté de harcèlement, même s'il a admis qu'il avait mené, avec d'autres, une fronde pour dénoncer les comportements qu'il estimait inadmissibles de la part d'une bourgmestre. "De temps en temps, c'est vrai que je suis sorti de mes gonds", a expliqué Pierre Brzakala devant le juge. "J'ai un problème d'audition. J'ai l'habitude de parler fort. La bourgmestre savait comment m'énerver. Lorsqu'elle n'avait pas envie d'aborder un point, elle ne le faisait simplement pas. Parfois, elle faisait semblant de baisser la voix pour ne pas que j'entende."

L'homme n'était pas tendre avec la bourgmestre. "Je n'ai jamais traité la bourgmestre de Blanc, Bleu, Belge. J'avais demandé que l'on change les fauteuils car le personnel de l'enseignement se plaignait de problèmes de dos. On m'a présenté un modèle dans lequel si je m'asseyais, la chaise se relevait avec moi. Je ne suis pas gros, mais j'ai une tendance à l'extension latérale. J'ai dit à la dame qui me présentait les chaises qu'elle n'oublie pas que comme la bourgmestre, on fait partie des Blancs, Bleus, Belges. C'était de l'humour. Je suis du peuple. Je parle comme cela."

Mais plusieurs témoins ont estimé que l'homme adoptait des comportements déplacés et excessifs. "Quand elle arrivait, elle ne disait même pas bonjour. Parfois, j'avais le besoin de lui dire qu'elle mentait ou qu'elle exagérait." Certains ont également pointé du doigt le comportement de la bourgmestre. "Chacun de nous a lu un dossier qui est désolant face aux témoignages", avait requis le parquet. "Les relations étaient exécrables. Il y avait un climat de suspicion et de paranoïa. Les échevins étaient virulents, déplacés, mais son comportement n'était pas exempt de tout reproche."

Des personnes ont expliqué qu'elle avait donné des surnoms peu élogieux aux échevins, comme le "demi-cerveau" à l'un d'eux ou encore "le fou" à Pierre Brzakala. "Elle était toujours dans le conflit", a expliqué un témoin. "Le tribunal relève qu'il ressort des éléments de la cause que le prévenu nourrissait une animosité profonde à l'égard de la partie civile." Le juge a estimé que le prévenu avait adopté "un comportement répété, s'inscrivant sur plusieurs années, consistant à dénigrer moquer et humilier la partie civile. Le prévenu est décrit comme un homme irascible, colérique, méprisant, injurieux, moqueur, n'hésitant pas à hausser le ton voire à crier ou même hurler lorsqu'il est confronté à la frustration de voir que ses idées ne sont pas unanimement partagées." Le tribunal est convaincu que Pierre Brzakala voulait pousser la bourgmestre à bout afin qu'elle démissionne. Les témoins ont évoqué des propos virulents et accusateurs, déplacés voire injurieux. Il n'aurait pas hésité à tenir des propos irrespectueux, méprisants et faisant allusion de manière négative aux aspects physiques et psychologiques de la bourgmestre.

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