Un enseignant manifeste en travaillant gratuitement: "le pacte d’excellence est désastreux"

Un enseignant sérésien a décidé de manifester autrement qu’une simple grève pour donner une autre image de l’enseignement.

Romain Helas
Un enseignant manifeste en travaillant gratuitement: "le pacte d’excellence est désastreux"
Sous l’effet de la propagation du variant Omicron, le nombre d’absents, auprès des élèves comme des enseignants, a atteint des niveaux records la semaine dernière. ©Eda - Florent Marot

Frédéric Jamin est un enseignant en colère. En colère contre ce pacte d’excellence qui fait tant débat. Pour lui, aucun doute, ce fameux pacte est désastreux. Alors, pour manifester son mécontentement, il a décidé de mener une pratique peu courante: travailler gratuitement.

Durant vingt-quatre heures, celui qui donne cours du côté de Sainte-Marie à Seraing a refusé d'être payé pour faire grève. Le besoin de montrer une vraie image de ce qu'est un enseignant est pour lui primordial. "Les gens ont énormément de caricatures sur ce qu'est un enseignant. J'entends qu'on ne travaille que six mois sur l'année, qu'on ne fait rien alors que c'est complètement faux. Faire grève pourrait donner raison à ces idées alors j'ai décidé de donner cours gratuitement afin de contrecarrer ce que les gens pensent."

Diplômé dans l'enseignement primaire, Frédéric donne désormais cours dans des classes différenciées. Il observe au fur et à mesure du temps les dérives des politiques et ce pacte d'excellence est pour lui tout, sauf excellent. "Les politiques sont en train de tuer l'enseignement. Le tronc commun va supprimer les classes différenciées, l'enseignement spécialisé sera désengorgé au maximum, ça va être la catastrophe dans les classes."

Avec ce pacte, l'enseignement en Belgique deviendrait un enseignement d'élite selon l'enseignant de français et de mathématique. "Si on ne fait pas des classes de niveau, on va se retrouver coincé. Sur une classe de vingt-cinq élèves, on ne peut pas laisser tomber dix-sept pour leur demander d'aller au fond de la classe, c'est aberrant. Mais comme ça demande du temps, les élèves qui avancent plus vite seront désavantagés. On se dirige droit vers un enseignement d'élite ou les plus démunis vont se retrouver sur le côté. "

Un enseignement d’élite

Pour tenter d'enrayer tout cela, la grève traditionnelle n'est pas la bonne stratégie selon Frédéric. Pour montrer un signal important aux politiques, la population doit être avec les enseignants et pas l'inverse. "Ce qui m'a dérangé avec cette grève, c'est qu'on a parlé de l'argent alors que ce n'est pas le sujet principal. Comme les gens pensent que nous ne travaillons pas et que nous revendiquons la même chose, ça devient carrément contre-productif car on se met l'opinion à dos. J'ai voulu montrer aux parents que si je manifestais en travaillant gratuitement, c'est pour aider leurs enfants et non pas pour moi me reposer."

Conscient de l’importance du moment, Frédéric Jamin continuera à manifester avec les syndicats. Il demande d’ailleurs à tous les enseignants de venir rejoindre la manifestation à Liège qui se déroulera à la sortie des vacances de Pâques.