2 ans de prison avec sursis requis contre Alain Mathot (PS) pour des soupçons de corruption

L’avocat général a requis mardi une peine de 2 ans de prison avec sursis, ainsi que 500 euros d’amende à l’encontre de l’ancien député-bourgmestre de Seraing, Alain Mathot (PS). Il aurait influencé l’attribution du marché dans le cadre de la construction de l’incinérateur de déchets Uvelia à Herstal.

Th. L.
Belga
2 ans de prison avec sursis requis contre Alain Mathot (PS) pour des soupçons de corruption
L’ancien député-bourgmestre Alain Mathot, acquitté en première instance, comparaît en appel. ©Photo News

Deux ans d’emprisonnement assortis d’un sursis, une amende de 500 euros: telle est la peine requise ce mardi, en fin d’après-midi, par l’avocat général Véronique Truillet à l’encontre de l’ancien député-bourgmestre de Seraing, Alain Mathot (PS). Lors de son réquisitoire, l’avocat général a également demandé une interdiction de ses droits pour une durée de huit ans ainsi qu’une interdiction de commercialité pour cinq ans.

Si l’ancien député-bourgmestre de Seraing, Alain Mathot (PS), conteste avoir rencontré à Paris Philippe Leroy, le patron d’Innova, pour toucher l’argent de la corruption et ainsi lui attribuer le marché pour la construction de l’incinérateur de déchets Uvelia, l’avocat général Véronique Truillet a estimé le contraire ce mardi après-midi. Selon elle, et sur base de l’analyse de la téléphonie, M. Mathot s’est rendu en voyage en France - sans savoir si c’était à Paris - au moins 26 fois en l’espace de 34 mois (près de trois ans). "Pour atteindre la somme des 700.000 euros avancés, c’est crédible", a soutenu l’avocat général.

Selon le ministère public qui donne du crédit aux déclarations de Philippe Leroy, Alain Mathot s’est probablement occupé du sponsoring du football club de Seraing, "mais les messages téléphoniques avec M. Leroy ne correspondent pas à l’historique du sponsoring et ne semblent pas en être le motif". Toujours selon l’avocat général, si les remises d’argent ont eu lieu à Paris, "cela correspond à l’élément de grande prudence de M. Mathot qui, à Paris, pouvait passer inaperçu". "M. Leroy disait que les entrevues étaient courtes, et le dossier a relevé un aller-retour de deux heures. Leroy donne des éléments concrets qui lui donnent du crédit."

L’ancien député-bourgmestre Alain Mathot est poursuivi pour des faits de faux, de corruption passive et de blanchiment dans le cadre de la construction de l’incinérateur de déchets Uvelia à Herstal.

Le ministère public appuie la thèse selon laquelle Alain Mathot a participé à la corruption et a influencé l’attribution du marché.

Alain Mathot conteste l’existence d’une dette familiale d’un million d’euros qui aurait été remboursée par l’argent de la corruption. Il se dit sidéré des différentes thèses élaborées contre lui, variables selon le panachage du ministère public ou selon les déclarations de son accusateur.

L’ancien député-bourgmestre de Seraing avait été acquitté en première instance des principaux faits, qui portaient sur des préventions de faux, de corruption passive et de blanchiment. Le parquet général, qui a fait appel de la décision, a critiqué le jugement rendu en première instance et a soutenu qu’Alain Mathot a bien été impliqué dans les faits de corruption.

Le ministère public donne du crédit au principal accusateur d’Alain Mathot, l’ancien patron d’Innova, Philippe Leroy. "Le choix du marché a été déterminé par l’influence des Mathot, père et fils, dans la région", a soutenu l’avocat général.

Mme Truillet a affirmé que tout avait été fait pour que la corruption ne laisse pas de trace et ne soit pas visible. Elle affirme qu’une succession d’éléments corroborent les déclarations détaillées de Philippe Leroy. "Il existe des présomptions graves, précises et concordantes. Peu importe d’établir le scénario exact des faits. Il y a des éléments dont on ne pourra jamais connaître la réalité. Une stratégie a été mise en place pour qu’il n’y ait pas de trace de contact. Le premier juge a voulu chercher des certitudes là où il n’y avait pas de trace. Car, volontairement, ils n’ont pas voulu laisser de trace", a soutenu l’avocat général.

Selon le parquet, la défense tente de noyer le débat en s’accrochant à démonter des détails alors qu’il existe un ensemble d’éléments qui forment un faisceau de présomptions convergentes.

L’avocat de la défense, Me Jean-Philippe Mayence, s’exprimera ce mercredi. Il compte réclamer l’acquittement de l’ancien député-bourgmestre de Seraing.