"Je vis un enfer depuis 15 ans": Alain Mathot (PS) se sent "persécuté" par la Justice

Il a, dit-il, "tout perdu" et vit "un enfer depuis quinze ans". Soupçonné de faits de corruption devant la cour d’appel de Liège, l’ancien député-bourgmestre de Seraing, Alain Mathot (PS), s’est exprimé devant ses juges ce lundi.

Thomas Longrie
"Je vis un enfer depuis 15 ans": Alain Mathot (PS) se sent "persécuté" par la Justice
«Quand on n’a rien fait, personne n’imagine ce que c’est de porter cette culpabilité.» ©Eda Thomas LONGRIE

Il n’en mène pas large, Alain Mathot (PS). Surtout lorsqu’il apprend qu’il doit comparaître exceptionnellement ce lundi matin dans la salle de la cour d’assises de Liège et non dans une salle "banale" de la cour d’appel. Et ce, faute de place disponible dans l’ancien palais de justice.

L’ancien député-bourgmestre de Seraing ne souhaite ni être photographié ou filmé dans la salle. Une requête accordée par la présidente de la cour d’appel. Vêtu d’une veste noire sur une chemise blanche, Alain Mathot décline d’abord son identité avant de s’exprimer longuement devant les trois juges, dans le cadre de la construction de l’incinérateur de déchets Uvelia à Herstal. Le socialiste est soupçonné d’avoir empoché trois quarts de million de la part de la société française qui a construit l’usine de traitement des déchets de l’agglomération liégeoise.

Oh, Madame la présidente, il y a tellement de choses que j’ai envie de dire.

La présidente de la cour d’appel lui indique que "la cour a lu le dossier, elle le connaît. Elle connaît aussi les décisions déjà intervenues pour les uns et les autres. Elle sait aussi que devant le premier juge, vous avez souhaité faire un récapitulatif, une ligne du temps. Tout cela, on l’a bien en tête, on l’a bien lu. On a eu des semaines à l’ingurgiter. Y a-t-il quelque chose, à vos yeux, que vous souhaitiez d’emblée nous dire?" "Oh, Madame la présidente, il y a tellement de choses que j’ai envie de dire", répond l’ancien bourgmestre de Seraing.

Quand on n’a rien fait, personne n’imagine ce que c’est de porter cette culpabilité. Je la subis depuis un tiers de ma vie.

Comme "me retrouver dans une cour d’assises, c’est incroyable..." Le ton est donné. Debout, après avoir ôté son masque, Alain Mathot livre son témoignage pendant une heure, évoquant notamment les conséquences de cette affaire judiciaire sur sa vie personnelle et professionnelle. Une affaire qui ébranle son existence depuis quinze ans. "Il faut le vivre pour se rendre compte: supporter cela depuis quinze ans. (...) Quand on n’a rien fait, personne n’imagine ce que c’est de porter cette culpabilité. Je la subis depuis un tiers de ma vie. Je ne sais pas comment on peut survivre à cela."

On n’a même pas attendu la lecture du jugement en première instance que c’est reparti...

Il le reconnaît: "Il y a tellement de choses que j’ai envie de dire", dit-il, d’une voix haute. L’homme est affable, calme: il s’exprime avec émotion dans la voix. Il ne sait pas par où commencer, ou quoi dire, dit-il. Il reconnaît que ce qu’il dit "est un peu décousu". Il revient sur les fuites "orchestrées" dans la presse, "qui ont toujours lieu à des moments précis", selon lui, "et toujours à charge". Comme lors de la préparation des listes électorales. Il revient sur son enfance. "J’ai supporté toute ma jeunesse les accusations portées sur mon père. Toute ma vie a été marquée par ça."

"Encore aujourd’hui, on n’accepte pas ce que je dis. Chaque phrase est remise en cause. On n’avait même pas encore lu le jugement du tribunal correctionnel que le parquet faisait déjà appel. Je n’en revenais pas. (…) Les audiences se succèdent, et les thèses changent à chaque fois. On n’a même pas attendu que le jugement en première instance soit lu que c’est reparti. Et ça, ce n’est pas de la persécution?"

«Je m’appelle Mathot, donc je suis coupable.»

Se décrivant comme un indépendant actif dans le secteur immobilier, actuellement en instance de divorce, il se dit aussi politique, "ou plutôt j'étais un politique, car j'ai tout perdu", Alain Mathot continue de s'exprimer. Étant en plus socialiste, "ouf ce sont les pires, et je m'appelle Mathot, donc je suis coupable. D'office, je suis coupable. Voilà ma vie depuis 15 ans: c'est l'enfer. Et pendant quinze ans, je me suis tu dans toutes les langues pour préserver mon expression à la justice. Et ça m'a rendu heureux en première instance, car j'ai enfin pu m'exprimer et mon plus grand désir aujourd'hui, c'est que vous puissiez entendre la vérité. Ce que j'ai vécu, c'est contraire à ce qu'on m'accuse. En plus, si j'étais un salaud, une crapule ou un pourri, on ne fait pas qu'un coup puis on ne fait plus rien…."

L’ancien homme fort de Seraing réfute les accusations portées à son encontre, comme les faits de faux, de corruption passive et de blanchiment qu’on lui impute. Il conteste l’existence d’une dette familiale d’un million d’euros qui aurait été remboursée par l’argent de la corruption. Il se dit sidéré des différentes thèses élaborées contre lui, variables selon le panachage du ministère public ou selon les déclarations de son accusateur. Il conteste avoir rencontré à Paris Philippe Leroy, le patron d’Innova, pour toucher l’argent de la corruption."Il est aberrant de voir que Philippe Leroy se trompe quand il tente d’être précis. Rien ne tient dans ses accusations. A mon sens, il a mis les mains dans le pot de confiture. Menacé de prison par le juge d’instruction, il a donné le nom "Mathot", car c’était sa carte "sortie de prison". Par un document écrit, sa société a couvert l’ensemble de ses frais de justice et de condamnation. Il a protégé son patrimoine privé. Sa seule obligation, c’était de ne pas révéler avoir personnellement empoché de l’argent." Au niveau de ses dépenses, il dira même qu’on lui a demandé d’aller justifier jusqu’à ses slips achetés par sa maman au Makro.

Les avocats des parties civiles se sont exprimés en fin de matinée, pour Intradel et Innova. Intradel évoque un préjudice global de 8.901.384 euros, dont seuls 265.600 euros ont été récupérés à ce jour. L’audience a ensuite été suspendue. Le réquisitoire du parquet général et de l’avocat général Véronique Truillet aura lieu ce mardi. La plaidoirie de l’avocat de la défense, Me Jean-Philippe Mayence, aura lieu mercredi.