Choucroute du Nouvel an: la tradition qui porte bonheur

Et s’il suffisait de manger une bonne choucroute bien garnie le jour de l’An pour s’assurer bonheur, chance, santé et prospérité. À condition, bien sûr, de respecter le rite.

Choucroute du Nouvel an: la tradition qui porte bonheur
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Robert NICOLAS

Liège, Verviers, Aywaille et sans doute d’autres encore se disputent la paternité de la traditionnelle choucroute du Nouvel an. Le rituel est pratiqué aussi bien dans de chaleureuses réunions de famille qu’à la table des restaurants. Il consiste à s’attaquer à ce plat réconfortant dès le 1er janvier en glissant une pièce de monnaie sous l’assiette puis en conservant celle-ci dans une poche tout au long de l’année. On s’assurerait ainsi chance et prospérité pour 365 jours.

Et c’est ainsi que la choucroute se retrouve ce jour-là à la carte de nombreuses brasseries de la province de Liège, et même bien au-delà. La plus riche est la royale sur laquelle on dispose à peu près tout ce que le porc a de bon: du lard fumé, du spiringue, du jambonneau, de la palette, du saucisson de Paris, des saucisses fumées d’ici et d’ailleurs, et même parfois du boudin.

Dans certains établissements, on enchaîne cinq services, entre midi et 20 h 30. De quoi satisfaire jusqu’à 500 gourmands, en tenant compte de ceux qui choisissent la formule à emporter. C’est le cas du Concordia de Jean-Louis Somers, une des plus anciennes adresses liégeoises, près des Guillemins, réputée autant pour sa choucroute que pour son américain. Le Tout-Liège s’y rencontre depuis plus de 60 ans, dans un cadre et une ambiance qui ont résisté au temps qui passe. Au Régina aussi, qui fait le coin du boulevard d’Avroy et de la rue Pont d’Avroy, le 1er janvier est une des plus longues et plus grosses journées de l’année.

Un plat digestif

Encore une adresse liégeoise pour ce jour-là: L’Écailler d’Eddy Deketelaere, dans le piétonnier de la rue des Dominicains. Dans son décor d’inspiration Art Nouveau, ce restaurant le bien nommé a fait sa renommée sur le homard et les huîtres. La carte y est tout à fait iodée, mais elle propose quand même sa choucroute de l’An, et qui n’est pas garnie de poissons comme on pourrait le penser. À la cuisson, le chef lui donne généreusement du beurre, ce qui lui apporte une texture agréable. À la garniture traditionnelle, il ajoute un carré de cochon de lait.

On connaissait déjà de la choucroute ses vertus digestives et détoxifiantes qui en font le plat idéal à servir le lendemain de la veille, pour achever de digérer le réveillon. On savait que, arrosée de grandes bières ou de pichets de vin de Moselle, elle remettait toutes les idées en place. Et en plus, voilà maintenant qu’elle promettrait pour toute une année fortune et succès, félicité et septième ciel.

Choucroute du Nouvel an: la tradition qui porte bonheur

Il vous faut d’abord acquérir un pot à lacto-fermenter, en grès émaillé, livré avec deux pierres en demi-lune et équipé d’une gorge à eau pour assurer l’étanchéité. Pour un pot de 15 litres, il faudra trois gros choux.

Détaillez ceux-ci en fines lamelles, à la mandoline ou au robot. Dans le fond du pot, jetez-en quatre poignées avec une cuiller à soupe de gros sel, des baies de genévrier et deux feuilles de laurier. Répéter cette opération jusqu’à remplir le pot aux quatre cinquièmes. À deux reprises au moins, vous aurez tassé consciencieusement avec un pilon en bois, pour éliminer l’air et faire sortir le jus. Terminez le montage en posant les deux pierres qui créeront la pression nécessaire à la fermentation. Surveillez l’affaire régulièrement pour, au besoin, rajouter un peu d’eau dans la gorge du pot qui doit rester remplie.

Puis, patientez un bon mois. Le jour de la dégustation, rincez plusieurs fois la choucroute pour éliminer une partie du sel. Cuisez-la en mouillant à hauteur avec un peu d'eau et beaucoup de riesling, et avec du lard fumé et des pipes gaumaises qui apporteront du gras. Laissez mijoter 2 heures. En fin de cuisson, posez les charcuteries qu'il faut réchauffer: du jambonneau, des saucisses de Francfort, de Morteau et de Montbéliard… Servez avec une bonne moutarde et une purée généreusement beurrée. Et dites bien: "Merci, JB!"

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Poisson

Historiquement, la choucroute alsacienne était d’abord garnie des poissons de rivières. Dans les années 70, le chef Guy-Pierre Baumann, qui dirigeait la Maison Kammerzell à Strasbourg (photo), inventa la choucroute aux trois poissons: flétan, saumon et haddock, passant pour un hérétique aux yeux de certains Alsaciens. Il créa aussi les recettes de la choucroute au saumon frais et à l’aneth, à la lotte et au lard, aux huîtres et sabayon de champagne. D’autres chefs vont aujourd’hui encore plus loin en apprêtant la choucroute façon sushi, avec de l’algue nori et du poisson cru.

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Sürkrüt

La choucroute est devenue le symbole de la cuisine alsacienne, à côté des bretzels, du baeckeoffe et du kougelhof. Le mot vient de l’alsacien sürkrüt, lui-même dérivé de l’allemand Sauerkraut, qui signifie herbe ou chou (kraut) aigre (sauer). La choucroute est un aliment très sain, plein de vitamines et de sels minéraux. Ses ferments lactiques exercent la plus heureuse influence sur la digestion et l’assimilation. Son apport étant de seulement 30 calories par 100 g, elle est même très diététique. Mais attention à sa garniture qui l’est généralement beaucoup moins.

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