Il y a 10 ans, l’horreur à Liège: Amrani semait la mort sur la place Saint-Lambert, il ne supportait pas l’idée de retourner en prison

Cinq morts et 147 blessés: c’est la fusillade la plus macabre à laquelle Liège a été confrontée. C’était il y a dix ans.

Thomas Longrie
Il y a 10 ans, l’horreur à Liège: Amrani semait la mort sur la place Saint-Lambert, il ne supportait pas l’idée de retourner en prison
Nordine Amrani ne supportait pas l’idée de retourner en prison après une nouvelle accusation. ©Belga

Une atmosphère de fêtes de fin d’année s’empare de la Cité ardente, ce jour-là. Les échoppes de Noël s’apprêtent à accueillir le public, mais leur ouverture est repoussée de quelques heures, en raison d’un avis de tempête sur le pays.

La place Saint-Lambert est noire de monde, en ce 13 décembre 2011. Parmi la centaine de personnes se trouvant sous les abribus et sur la place en ce temps de midi, figurent, pour la plupart, des étudiants qui viennent de passer un examen. Ils attendent l’embarquement pour rentrer chez eux.

Certains sont appuyés contre un abribus lorsque les vitres volent en éclats. À 12h30, des détonations retentissent, des personnes s’écroulent sur le sol. La panique s’empare de la foule. Les badauds, nombreux sur le coup de midi et à deux semaines de Noël, courent dans tous les sens, sans savoir où aller, où se réfugier. Les passants sont priés de se replier vers les magasins, dont les portes se ferment une à une.

Un homme est aperçu au loin, debout sur la plate-forme surplombant la boulangerie Le Point Chaud. L’individu lance des grenades et vide sur la foule le chargeur d’une arme automatique.

Sept minutes lui suffisent pour semer la terreur, mais aussi et surtout la mort. Blessé par une de ses grenades, cet homme, dont on apprendra qu’il s’agit d’un certain Nordine Amrani, multirécidiviste, se saisit ensuite d’un revolver et se suicide.

Le bilan s’annonce particulièrement lourd: quatre personnes décéderont, dont un bébé. La femme de ménage du meurtrier, Antonieta Racano, âgée de 45 ans, sera retrouvée dans un hangar après avoir été tuée trois quarts d’heure plus tôt. L’enquête permet de déterminer que l’auteur des faits a agi seul.

Convoqué le jour des faits pour des faits de mœurs

Soudeur de profession, Nordine Amrani était passionné d'armes à feu. C'est peut-être dans la paranoïa supposée du meurtrier que se trouve un début d'explication. À 33 ans, celui qui allait devenir le tueur de Liège était, peu avant le drame, "assez inquiet par rapport à la possibilité de retourner en prison".

Au moment de la tuerie, Nordine Amrani se trouvait en liberté conditionnelle. Il avait été condamné en 2008 pour trafic de stupéfiants. Auparavant, en 2003, il avait été condamné pour le viol d’une mineure en situation de handicap. Sorti de prison en octobre 2010, il était convoqué le jour des faits à la brigade judiciaire pour des faits de mœurs. Il était convaincu qu’on le priverait de liberté. Amrani ne se rendra jamais au rendez-vous, préférant manifestement semer la mort...

"Un carnage qui aurait pu être évité", estiment plusieurs familles de victimes. Amrani n'était, en effet, pas un justiciable comme un autre. C'était un libéré conditionnel, virtuellement en prison jusqu'à la fin de son délai d'épreuve de deux ans. Selon toute vraisemblance, il venait de commettre une nouvelle infraction, dans la gamme de celles pour lesquelles il avait été condamné (viol). Le parquet aurait pu faire arrêter Amrani, le déférer au tribunal d'application des peines (TAP) et demander la suspension pour un mois, puis la révocation de sa libération conditionnelle. Sauf que l'homme n'avait pas encore été entendu.

"On ne révoque la libération conditionnelle qu'en cas d'atteinte grave à l'intégrité physique. La jurisprudence du tribunal d'application des peines de Liège est de ne révoquer qu'après une décision définitive de justice", précisait alors la procureur du roi de l'époque.