Elles accompagnent les mamans allaitant un bébé prématuré: voici l’étude menée dans un hôpital belge

À Liège, des mamans ayant eu des bébés prématurés en soutiennent d’autres, dans le cadre d’une étude européenne sur l’allaitement maternel.

Thomas Longrie

Il ouvre ses petits yeux. Avant de les refermer aussi vite. En cette soirée, Louis ne bronche pas. Il esquisse même un sourire, dans cette chambre du service de néonatalogie de la clinique du CHC MontLégia, sur les hauteurs de Liège. Né prématurément il y a trois semaines avec 31 semaines d’aménorrhée, le bambin est relié à un monitoring. Tout comme sa sœur jumelle, Thaïs, qui, elle, dort profondément à proximité. Deux bébés qui sont couverts du regard protecteur et attendrissant de leur maman, Valérie Pierret.

À ses côtés, Melissa Zanotti. Cette autre maman, dont les enfants sont sortis du service et se portent aujourd'hui à merveille, la rassure, la conseille. Une maman bénévole qui participe, comme une quinzaine d'autres, à l'étude européenne Alaïs menée au départ du Centre hospitalier universitaire de Lyon. Un projet proposé dans huit services de néonatalogie, dont six en France, un en Suisse, et donc un en Belgique. L'objectif? Évaluer l'impact d'un accompagnement par des mamans expérimentées sur l'allaitement maternel des prématurés nés à moins de 35 semaines. «Avoir un bébé né avant terme représente un choc pour une maman», souligne Fabienne Hesbois, infirmière pédiatrique coordinatrice et conseillère en lactation au CHC MontLégia.

En cette Semaine mondiale de l'allaitement maternel (SMAM), le corps médical s'accorde sur un constat: le lait maternel est l'aliment le plus adapté aux besoins du nourrisson. Surtout pour des prématurés. Il apporte, en effet, «une valeur ajoutée sur l'ensemble de la durée de la vie». Les recherches scientifiques démontrent chaque jour l'importance de l'allaitement maternel non seulement sur la santé de l'enfant mais aussi sur celle de la même personne à l'âge adulte tant physiquement et mentalement.

Une trop forte pression

«Et toi, tu arrives à allaiter?» La question revient sans cesse chez les mères de nouveau-nés. Une forte pression peut s'exercer sur ces femmes, souvent soumises à un stress important et qui sont séparées de leur enfant hospitalisé en néonatalogie. «Les hormones d'allaitement jouent plus difficilement quand on n'a pas son bébé à côté de soi, qu'on est plus stressé ou fatigué.» Selon le degré de précocité de la naissance, leur corps n'est pas forcément préparé à allaiter et l'environnement hospitalier ne favorise pas toujours la relaxation nécessaire. «Des études montrent que l'allaitement maternel des prématurés est plus court et moins fréquent, alors que, justement, ces bébés vulnérables sont ceux qui en ont le plus besoin.»

Avec une germanophone et une musulmane

Pour aider ces mamans à surmonter ces obstacles, le réseau «Les voix lactées» a donc été mis en place depuis le mois de mai, au MontLégia. Les quinze mamans bénévoles de bébés prématurés ont pour mission de soutenir les jeunes mères de ces enfants pas toujours capables de téter. Considérées comme des marraines de l'allaitement, elles ont été choisies selon deux critères. «Elles devaient avoir eu une expérience positive de leur allaitement, et avoir eu des enfants prématurés qui se sont bien développés.» Elles ont bénéficié d'une formation de 20 heures sur les bases de l'allaitement pratique et sur la communication active.

Les bénévoles, parmi lesquelles figurent une germanophone et une musulmane, accompagnent les mamans qui le souhaitent. Sans les toucher, que ce soient elles ou les nourrissons. «L'objectif de cette étude est de voir si cet accompagnement améliore le vécu des mamans, ainsi que le taux d'allaitement.»

S’il est trop tôt pour tirer des conclusions de cette étude qui se clôturera fin de cette année, le projet se poursuivra au sein de la clinique liégeoise.

«Le but premier de cet accompagnement, c'est d'apporter un plus aux bébés», dit Fabienne Hesbois. «Si les mamans sont bien, elles auront plus de lait. Tous les jours, on sauve des bébés prématurés, mais notre objectif, c'est de tout entreprendre pour leur assurer un bon avenir.»

 «Accoucher d’un bébé prématuré nous marque à jamais», disent ces mamans.
«Accoucher d’un bébé prématuré nous marque à jamais», disent ces mamans. ©© Thomas Longrie

Infirmières en psychiatrie, en néonatologie, responsable des ressources humaines dans une entreprise... Toutes ces jeunes femmes proviennent d'un univers totalement différent. Mais la quinzaine de mères accompagnantes ont toutes un point commun: celui d'avoir accouché d'un enfant prématuré, avec toutes les difficultés qui en découlent. «On se rend compte que les mamans qui viennent de donner naissance à leur enfant sont demandeuses d'un soutien psychologique, précise une jeune femme. On est en quelque sorte l'intermédiaire entre l'équipe de soins et la maman. Celle que j'encadre par exemple me voit plutôt comme une copine, à qui elle peut tout raconter, en sachant que j'ai vécu la même situation. Elle m'a présentée à ses proches comme sa marraine de l'hôpital.»

«Je ne voulais pas avoir un côté intrusif»

L'émotion est palpable dans cette salle de réunion, où les jeunes mamans accompagnantes partagent leur ressenti sur l'étude européenne à laquelle elles ont pris part. «Accoucher d'un enfant prématuré nous marque à jamais. Cela fait partie de notre histoire.» Une autre jeune femme enchaîne: «Je ne voulais pas avoir un côté intrusif dans la chambre de son bébé. Pouvoir proposer du soutien sans être envahissant est primordial.» Un autre constat? « Ce qui est rassurant pour ces jeunes mamans, c'est qu'on leur donne une perspective à plus long terme, puisque mes enfants ont aujourd'hui 4 ans et se portent à merveille. On apporte un côté qui rassure, car il y a des jours où on peut broyer du noir dans ce type de situation.»