Inondations: comment la Wallonie a pu inspecter 500 ponts en moins d’un mois

Les experts du SPW ont dû s’organiser différemment pour pouvoir inspecter tous les ponts en un temps record.

Arnaud Wéry
Inondations: comment la Wallonie a pu inspecter 500 ponts en moins d’un mois
Malgré une équipe réduite, Patrice Toussaint a pu agir rapidement, notamment grâce à un travail collaboratif. ©SPW

Quatre. En cette mi-juillet, les locaux de la direction de l’expertise des ouvrages de la Région wallonne du côté de Sclessin ne sont guère peuplés. Sur la vingtaine de membres de l’équipe de Patrice Toussaint, seuls quatre sont au poste, lui y compris.

Rien ne présage de ce qui les attend. Tout va partir d'un coup de fil. Ce mercredi 14 juillet, Patrice Toussaint soupe chez des amis lorsque vers 21h, le directeur des routes de Verviers le contacte et lui annonçant qu'il va avoir besoin de ses services dès jeudi. «Je n'avais aucune autre info que celles dans les médias. Disons qu'après ce coup de fil, j'ai préféré ne pas m'éterniser.»

Le jeudi 15 juillet au matin, c'est à Eupen qu'il est d'abord appelé. En quittant le bureau, le directeur f.f. de la direction de l'expertise des ouvrages emporte ses bottes et s'assied au volant du 4X4 du service, presque un réflexe dont Patrice Toussaint se félicitera lorsqu'il arriva à Eupen. «Je n'imaginais pas du tout ce qui m'attendait.» Des images qui vont le marquer.

Attendu pour faire passer les secours

Mais le fonctionnaire n'a pas le temps de s'appesantir: les secours ont besoin de son expertise pour un pont stratégique qui permet à la N68 d'enjamber la Vesdre. Sans certitude sur la stabilité de l'ouvrage, les véhicules d'intervention ne peuvent passer sur l'autre rive. «En un quart d'heure, nous avons fait le tour pour une inspection visuelle.» L'eau, montée à 2 mètres, était descendue juste sous le tablier du pont. De son oeil expérimenté, Patrice Toussaint estime que le passage est possible. «En une heure, le pont était dégagé et rouvert. Nous avons pris sur nous d'accepter un certain niveau de risque», admet-il. Il fallait s'adapter à la situation d'urgence.

Le responsable enchaîne ensuite avec un deuxième pont. «Là, nous avons eu plus de doutes et il n'a été rouvert que sur une seule voie, pour les services de secours.»

«Envie de pleurer»

En rentrant, ce soir-là, Patrice Toussaint avait «envie de pleurer». Son équipe qui partira le lendemain sur Trooz et Pepinster sera également fort touchée par ce qu'elle a vu sur place.

Mais comment inspecter des centaines de ponts avec une équipe restreinte qui peut cependant s’appuyer sur des experts au sein des différentes directions quadrillant la province?

Ce week-end-là, Patrice Toussaint va mettre en place les bases d'un travail collaboratif qui va permettre de mobiliser toutes les forces disponibles et de faire circuler rapidement l'information. Il lance un fichier partagé et crée une fiche de passage "inondation". Ils seront entre 20 et 25 fonctionnaires à y travailler. «C'était impressionnant de voir les lignes se remplir». Chaque ligne représentant une inspection. Au total, en moins d'un mois, 500 ponts ont pu être expertisés. Ce fichier servira rapidement à cartographier les inspections, permettant de visualiser les ouvrages manquants. Dans la foulée, il permet de compléter l'embryon de cadastre des ponts communaux.

Et cette façon de travailler sera dupliquée pour d'autres inspections. «Je veux aussi souligner le gros travail de la cellule des plongeurs.»

Quatre ou cinq jours après le début des inondations, le service a été surpris de recevoir une demande… du Centre de crise. «Il nous demandait d'aller inspecter un pont.» Expertise qui avait en réalité déjà été réalisée. Comme si le Centre de crise n'avait découvert l'existence de ces experts sur le tard. «Mais grâce à eux, nous avons pu avoir à disposition une embarcation de la Protection civile.»