VIDÉO | La police de Liège pourra vous filmer dès ce jeudi: la voici équipée de caméras portatives

Dès ce jeudi, les policiers liégeois seront équipés de bodycams. Un dispositif qu’ils actionneront lors des interventions susceptibles d’entraîner un usage de la contrainte. Un outil qui permettra d’objectiver une intervention, évitant les éventuelles dérives sur les réseaux sociaux.

VIDÉO | La police de Liège pourra vous filmer dès ce jeudi: la voici équipée de caméras portatives
Fixée sur la poitrine ou sur le casque (pour le PAB) du policier, la caméra est légère - elle ne pèse que 160 grammes -, «et est aux normes militaires, robuste et étanche», comme l’explique la commissaire Anne Onclin, ici aux côtés de son ... ©© Eda Thomas LONGRIE
Thomas Longrie

Alors que certaines interventions notamment aux États-Unis voire parfois en Belgique suscitent indignation et mobilisation après avoir été filmées par des riverains et diffusées en partie sur les réseaux sociaux, la police locale de Liège se dote, comme d’autres zones, d’un nouveau dispositif qui devrait permettre d’améliorer son travail.

Voilà désormais les agents du cadre opérationnel (service interventions, paix publique, inspecteurs opérationnels dans les quartiers, le service circulation-mobilité et le peloton anti-banditisme) équipés de 56 bodycams dès ce jeudi, auxquelles viendront s’ajouter une vingtaine supplémentaire chaque année.

La caméra permet aux policiers de se réserver des moyens de preuves en cas d’accusation ou de diffusion partielle d’une scène de l’intervention par un quidam, mais elle permet aussi au citoyen de faire valoir, le cas échéant, un comportement inapproprié d’un policier.

Ancien parlementaire, le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer a eu l'occasion «de plaider en faveur de l’utilisation des bodycams lors d’une commission de l’Intérieur», se souvient-il. «Celles-ci ont plusieurs avantages relatifs à un domaine sensible. Lorsqu’elle est enclenchée, la caméra permet aux policiers de se réserver des moyens de preuves en cas d’accusation ou de diffusion partielle d’une scène de l’intervention par un quidam, mais elle permet aussi au citoyen de faire valoir, le cas échéant, un comportement inapproprié d’un policier. Il est important de disposer d’un appareil comme celui-ci par les temps qui courent.»

Parce que les plaintes de citoyens pour violences présumées (ou plutôt usage excessif de la force) de la part des policiers sont légion. Avec souvent la diffusion d’images incomplètes ne montrant ainsi qu’une partie de l’intervention. Ce qui crée une certaine tension sur l’espace public.

«Les policiers vivent très mal le climat actuel», poursuit le bourgmestre. «Les amener à être porteur d’un dispositif permettant de disposer de moyens de preuves quant à la qualité de l’intervention est primordial. Nous aurons moins de soucis, moins de plaintes non fondées lorsque les citoyens sauront que la scène est filmée.»

Si les policiers du PAB disposaient depuis plusieurs semaines déjà des caméras embarquées sur leur casque (pour éviter que le champ de vision de la caméra ne soit entravé par le bouclier qu’ils utilisent) en guide de test et dans un but pédagogique, leurs boîtiers seront pleinement opérationnels, dès ce jeudi. Seule différence pour les autres services, qui placeront leur caméra sur le gilet pare-balles.

Bien que nous ayons 180 caméras de surveillance, celles-ci ne prennent pas le son. Au contraire des bodycams qui vont enfin nous permettre de savoir ce qui se dit, et ainsi objectiver une intervention.

 Liège dispose de 180 caméras de surveillance réparties sur son territoire.
Liège dispose de 180 caméras de surveillance réparties sur son territoire. ©© Service de presse de la police de Liège

«Le travail policier est devenu plus complexe», souligne le chef de corps de la police locale, Christian Beaupère. «Dans certains cas, on doit désormais faire face à une hostilité verbale ou physique envers les policiers. Bien que nous ayons 180 caméras de surveillance, celles-ci ne prennent pas le son. Au contraire des bodycams qui vont enfin nous permettre de savoir ce qui se dit, et ainsi objectiver une intervention.»

Dès que possible, le policier doit avertir oralement les personnes concernées par l’intervention qu’elles vont être enregistrées.

VIDÉO | La police de Liège pourra vous filmer dès ce jeudi: la voici équipée de caméras portatives
©© Service de presse de la police de Liège

L’usage de la bodycam est régi par la loi sur la fonction de police, elle ne peut être employée que par le personnel opérationnel identifiable, en uniforme ou portant un brassard. «Dès que possible, le policier doit avertir oralement les personnes concernées par l’intervention qu’elles vont être enregistrées», indique le commissaire Antoine Sindaco. «Une des limites des bodycams, c’est qu’elles ne peuvent pas porter atteinte à une personne ou recueillir des informations sensibles.»

Outre l’aide à la rédaction de constatations dans un procès-verbal ou encore un effet dissuasif sur le recours à la violence contre la police dans l’exercice de ses fonctions, les caméras permettent aussi de renforcer le professionnalisme des interventions, puisque les enregistrements pourront être utilisés dans le cadre de formations.

Une évaluation du nouveau dispositif sera effectuée dans un an. Notamment «pour voir si cela ne va pas entraîner une surcharge de travail de notre personnel», note la commissaire Anne Onclin.

Le cas échéant, les vidéos pourront bien évidemment servir au travail d’enquête judiciaire.

 Un procédé technique garantit le transfert des images directement de la caméra sur le serveur. «Les fonctionnaires n’ont aucun accès pour modifier ou supprimer les enregistrements», conclut la commissaire Anne Onclin.
Un procédé technique garantit le transfert des images directement de la caméra sur le serveur. «Les fonctionnaires n’ont aucun accès pour modifier ou supprimer les enregistrements», conclut la commissaire Anne Onclin. ©© Service de presse de la police de Liège

À y regarder de plus près, la bodycam est petite et discrète. Fixée sur la poitrine ou sur le casque (pour le PAB) du policier, elle est légère - elle ne pèse que 160 grammes -, «et est aux normes militaires, robuste et étanche», comme l’explique la commissaire Anne Onclin. La caméra couvre un angle de 140 degrés, ce qui correspond à peu près à la vision humaine. Les images captées retranscrivent ainsi le plus fidèlement possible les conditions d’intervention des policiers.

«Dans la même optique, on a choisi de ne pas avoir de dispositif infrarouge, pour garantir la vision humaine dans les conditions réelles du terrain.» Un angle réduit ô combien important, selon le chef de corps Christian Beaupère, «parce qu’il permettra, le cas échéant, à un magistrat de juger ce que le policier a pu percevoir, notamment dans le cadre d’un cas présumé de légitime défense».

Personne ne pourra avoir accès aux images, puisque celles-ci sont cryptées.

Autre avantage: chaque dispositif permet un enregistrement de 12 heures. «En cas de perte d’une caméra, on pourra la retrouver via un système de géolocalisation et personne ne pourra avoir accès aux images, puisque celles-ci sont cryptées», insiste la commissaire Anne Onclin.

Les données enregistrées sont conservées pendant un délai de 30 jours minimum à dater de leur enregistrement et de 365 jours maximum. Au-delà de 30 jours, pour autant qu’elles aient été conservées, l’accès ne sera plus possible que pour des fins judiciaires et sur demande écrite et motivée de l’autorité judiciaire.

Les fonctionnaires n’ont aucun accès pour modifier ou supprimer les enregistrements.

Compte tenu de ces délais et des capacités de stockage, il est loisible au membre du personnel de demander la sauvegarde des enregistrements liés à une intervention lorsqu’il pense qu’elle va susciter une contestation.

Un procédé technique garantit le transfert des images directement de la caméra sur le serveur. «Les fonctionnaires n’ont aucun accès pour modifier ou supprimer les enregistrements», conclut la commissaire Anne Onclin.